Pieds

J’ai un oignon aux pieds

Les médecins parlent d’ « hallux valgus », une déformation du gros orteil qui s’incline vers les autres orteils. Elle atteint préférentiellement les femmes, parfois très jeunes (dès 14 ans), et se voit sur toutes les formes de pieds (grecs, égyptiens, carrés). Elle est d’origine congénitale, souvent bi-latérale (elle touche les deux pieds) et s’accentue avec le port de chaussures inadaptées (talons et bouts étroits) ou la pratique de certains sports comme la danse classique, etc. Non seulement, c’est inesthétique, mais ces oignons rendent le chaussage difficile et se révèlent douloureux à la marche.

Pourquoi le gros orteil se déforme t-il ainsi ? Parce qu’un tendon (l’abducteur du 1 er orteil), fixé sur la partie externe la première phalange, s’est progressivement rétracté (voir schéma ci-dessous). Du coup, il tire sur le gros orteil et le dévie. La bosse qui se forme alors sur le bord interne du pied correspond au sommet de l’os (la tête premier métatarsien), et elle s’accentue avec le frottement dans la chaussure, parfois au point de provoquer une véritable inflammation (une bursite). Il n’est pas rare aussi (en particulier chez les femmes de plus de 50 ans) que l’oignon entraîne une déformation des autres orteils, en particulier du deuxième qui, chassé par l’hallux valgus, n’a plus de place pour exister et se recroqueville sur lui-même (orteil en marteau).

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Je fais quoi ?

Dans les formes débutantes (lorsque l’angle entre le premier métatarsien (*) et la première phalange est inférieur à 20 °), le pédicure-podologue peut intervenir avec la mise en place d’une « orthèse » (appareillage) en silicone pour redresser le gros orteil. Dans les formes plus évoluées, gênant la marche et le chaussage, une intervention chirurgicale peut être proposée.

Elle ne se limite pas au retrait de la bosse mais consiste surtout à ré-axer le premier orteil, en agissant sur les os (1 ère phalange et 1 er métatarsien). Réputée lourde, douloureuse, et avec des suites interminables, votre médecin traitant sera sans doute le premier à vous dissuader de la faire. « En réalité, tout dépend de la technique chirurgicale qui est pratiquée. La technique dite « percutanée », la plus récente, a l’avantage d’être peu invasive. On opère quasiment sans ouvrir et on peut remarcher dès le lendemain », explique le Dr Raphaël Mosseri, l’un des spécialistes de la chirurgie percutanée du pied. Et contrairement à une idée reçue, elle n’est pas réservée aux petits oignons. Elle traite la plupart des hallux valgus, et même les déformations des orteils qui peuvent être associées : orteils en marteau (déformation au niveau de la première phalange) ou en griffe (déformation de la dernière articulation).

(*) os précédents les phalanges des orteils

Y a t-il des contre-indications ?

On n’opère jamais un hallux valgus pour de simples considérations esthétiques ou de façon préventive.

Par ailleurs, si l’hallux valgus est associé à des douleurs d’une autre nature, par exemple des métatarsalgies d’appui (douleurs sur la face plantaire du pied en regard des têtes métatarsiennes, liées à une hyperpression et se traduisant par de gros durillons, fermes et douloureux) ou un névrome de Morton (douleur provoquée par la compression d’un nerf entre le 2 ème et le 3 ème orteil ou le 3 ème et le 4 ème orteil, qui se manifeste en position debout ou à la marche), le chirurgien doit traiter ces symptômes en priorité.

Avant l’intervention

 Le médecin procède à un examen clinique, vérifie si l’hallux valgus est associé à d’autres douleurs ou non, et demande un examen radiologique des pieds, de face, de profil, et en charge (= en position debout). Vous signez un protocole comme quoi vous vous engagez à respecter toutes les modalités post-opératoires qu’il vous indiquera. S’il ne vous sent pas suffisamment motivée, il ne vous opérera pas.

Comment ça se passe ?

Une anesthésie locale est réalisée (3 injections pratiquées sur le dos du pied, l’avant de la cheville et en amont de la bosse) et on vous donne une légère sédation pour soulager la douleur. Puis, sous contrôle radiologique, via une mini-ouverture de 2 mm réalisée en amont de la bosse, le chirurgien introduit un premier instrument, une petite fraise conique, motorisée, qui va permettre de raboter l’os (exostose). Les débris sont ensuite aspirés via une petite canule glissée dans l’orifice. Puis via une deuxième mini-ouverture, il saisit une autre fraise et sectionne l’os à deux endroits différents (ostéotomie), pour ré-axer l’orteil. Enfin, par une troisième ouverture, il désinsère le tendon rétracté, responsable de la déviation du gros orteil. Les incisions sont ensuite fermées avec des fils résorbables, puis un bandage de contention est réalisé tout autour du pied (le bout des orteils reste visible), pour maintenir le gros orteil dans le bon axe. Une micro-attelle est disposée par-dessus pour renforcer le tout. Il n’y a pas de fixations métalliques (vis, agrafes, broche, etc.) contrairement à la technique conventionnelle.

L’intervention dure à peine une vingtaine de minutes. On peut également y associer un geste sur les orteils latéraux, en cas de déformation en marteau ou en griffe. Ces dernières se traitent de la même manière que l’hallux valgus, en agissant à la fois sur les rétractions tendineuses et sur l’axe osseux.

Et après ?

Le soir de l’opération, on rentre chez soi en marchant sur les talons pour éviter les saignements. Puis dès le lendemain, on est invité à se lever et à aller marcher (à plat, normalement), avec des chaussures spéciales, à semelle courbe, qui déchargent l’avant-pied, appelées « Podonov » (www.podonov.com). Ça ressemble à des baskets, c’est tout à fait présentable (rien à voir avec les chaussures à appui talonnier, les Barouk utilisées dans la chirurgie conventionnelle, qui ont tout des claquettes de Geisha !). Sachant que l’on n’opère qu’un pied à la fois et que l’appui est autorisé, l’utilisation de cannes béquilles n’est pas utile. C’est un peu douloureux pendant 3 à 4 jours, mais pas autant que si l’on avait subi l’opération traditionnelle, et facilement surmontable avec le traitement antalgique et anti-inflammatoire donné par le médecin.

Pour prendre sa douche, on doit enfiler une housse de protection sur le pied opéré. Le bandage ne doit surtout pas prendre l’eau ! Les bains sont interdits, à moins de laisser le pied opéré hors de l’eau. Il n’y pas de soins infirmiers à réaliser, ni nécessité d’effectuer des injections d’anticoagulant. Ce qu’il faut, pour éviter la phlébite, c’est ne surtout pas rester au lit, et marcher !

A J + 15, vous revoyez le chirurgien : il démonte le bandage, les points partent avec, et il en profite pour vérifier l’état de la peau et le positionnement de l’orteil.

A J + 30, le bandage est retiré. Une radio de contrôle est pratiquée. Là, on a le droit de quitter ses Podonov pour des chaussures à semelles souples, larges, type ballerines ou baskets, qui vont aider à retrouver un pas naturel.

Une rééducation chez le kiné pour faciliter ce ré-apprentissage et assouplir les articulations peut être prescrite selon les cas. On peut reprendre une activité sportive après 1 mois, si elle ne fait travailler que le haut du corps, en gardant ses Podonox aux pieds. A 45 jours, la natation est possible car les mouvements sont réalisés en apesanteur, sans à-coups sur les pieds. Pour les séances de running, il faut attendre 2 mois. Et redémarrer de façon progressive. On commence par 10 minutes de course, et on voit. Le port de chaussures à talons est autorisé après 2 mois, à condition de choisir une paire dans laquelle on est à l’aise, avec un cuir souple, etc. La dernière visite a lieu au 6 ème mois, avec une nouvelle radio de contrôle.La durée de l’arrêt maladie varie selon les conditions de travail de chacun. Elle est en moyenne de 15 jours Mais si vous avez une activité de bureau et peu de transport pour vous y rendre, il peut être ramené à 8 jours. Pour les jobs les plus pénibles (en position debout, etc), comptez 1 mois d’arrêt. Après une chirurgie conventionnelle, c’est 2 mois minimum !

Quels sont les risques éventuels ?

Essentiellement un risque de récidive, certains sujets ayant tendance à faire naturellement des rétractions tissulaires. Et lorsqu’elles réapparaissent, c’est dans les 6 mois suivant l’opération. Mais c’est plus rare avec la technique percutanée (4 cas pour 1000 contre 4 cas pour 100 avec la chirurgie conventionnelle). Et ce n’est pas la pose de fixations métalliques qui prémunit contre la récidive.

Qui consulter ?

Un chirurgien orthopédiste. Cependant, la chirurgie percutanée du pied est encore peu répandue. Seule quelques dizaines de spécialistes la pratiquent en France.

Quelques adresses de sociétés savantes ou vous pourrez glaner plus de renseignements :

C’est cher ?

L’intervention et les frais de clinique sont pris en charge par la sécurité sociale. Vous n’êtes redevable que des honoraires en dépassement du médecin qui peuvent varier en fonction de chaque praticien et du cas clinique (entre 600 et 1500 €). Le chirurgien doit vous remettre un devis à l’issue de la première consultation.

AVANT/APRES HALLUX VALGUS

Hallux valgus avant

halgus a 6 mois

AVANT/APRES ORTEIL MARTEAU

orteil marteau