5 janvier 2026
Ah, le collagène !…Ça fait bien 5 ans maintenant qu’on nous bassine avec ces compléments alimentaires censés préserver notre peau du vieillissement. Sauf que, désolée de le dire – ou plutôt de le redire -, c’est complètement pipeau, et je vous en apporte définitivement la preuve aujourd’hui !
En 2026, je suggère qu’on tire un trait sur tous ces sujets qui n’en sont pas, comme ces compléments alimentaires anti-âge à base de collagène, que l’on retrouve à présent partout, jusque dans nos capsules à café. Alors, vous je vous entends d’ici : « On ne sait vraiment plus qui croire. J’ai vu il ya deux jours sur les réseaux, le célèbre Dr Truc qui brandissait une étude affirmant que le collagène, ça marche ! ». Ok, mais qui a fait cette étude ? On sait qu’un certain nombre d’entre-elles sont biaisées. Et quels sont les intérêts du Dr Truc, dans l’histoire. Tu y as pensé à ça ?
C’est pourquoi j’ai demandé à deux experts, de faire le tour, pour Le Journal De Mon Corps, de toutes ces publications. Toutefois, j’ignorais qu’il y en avait plus de 9000 !!! Mais ouf, dans le tas, seules 60 sont de véritables essais contrôlés randomisés (comprenez, des études scientifiques rigoureuses). C’est donc sur ceux-ci que mes spécialistes se sont principalement penchés, bien que leur « review » ait porté sur plus de 1000 publications histoire de ne rien laisser passer.
Voici donc les conclusions du Pr Jean-Alexis Grimaud, médecin anatomo-pathologiste, spécialiste en biologie cellulaire et ancien Directeur de l’Institut Pasteur de Lyon et de Shangaï, et du Dr Isabelle Rousseaux, Vice-Présidente du Syndicat National des Dermatologues-Vénéréologues et Présidente du congrès d’esthétique médicale DEFEE.
Alors, le collagène, ça marche ou pas ?
L’étude la plus récente et la plus intéressante sur le sujet, car aussi la plus critique, est celle de deux Coréens, Seung-Kwon Myung and Yunseo Park :The American Journal Of Medecine 2025 Sep ; « Effects of collagene supplements on skin aging : a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials).
Leur attention s’est concentrée sur un ensemble de méta-analyses (compilations statistiques des résultats de plusieurs études indépendantes) qu’ils ont divisées en deux groupes : celles financées par l’industrie pharmaceutique (23 études) et les autres. Futé, non ? « De façon curieuse, celles supportées par l’industrie ont montré des effets significatifs du collagène sur l’hydratation, l’élasticité de la peau et les rides, alors que les études qui n’ont pas reçu de financement n’ont révélé aucun effet de ces suppléments » s’amuse le Pr Grimaud.Comme c’est surprenant !…
« En résumé, quelque soit la forme sous laquelle le collagène se présente, poudres, gummies ou gélules, il n’existe actuellement aucune preuve clinique de son efficacité dans la prévention ou le traitement du vieillissement cutané. Et il n’existe pas non plus de preuve solide de son efficacité sur les articulations. Il est grand temps de faire la part des choses entre le marketing et la réalité scientifique » poursuit notre expert. D’ailleurs, en parlant de marketing, rappelons que le collagène est d’origine strictement animale (bovine ou marine). Le collagène végétal, lancé pour séduire les végans, ça n’existe pas, hein ! Et les meilleures sources, sont la carpe argenté, le cabillaud et … le crapaud brun ! De là à ce qu’on nous fasse avaler le batracien, il n’y a qu’un pas !
D’aucuns avancent que le collagène hydrolysé est supérieur, parce qu’il est mieux assimilé, est-ce vrai ?
« On promeut une forme de collagène censé faciliter son absorption par l’organisme. Mais le problème n’est pas là ! Une fois le produit décomposé en acides aminés (proline, hydroxyproline, glycine), il atteint la circulation sanguine puis il est transporté vers les différents tissus du corps selon leurs besoins en protéines. Mais la peau n’est pas forcément la première servie ! Toutes les cellules et organes du corps humain ont besoin de protéines pour leur fonctionnement quotidien : les muscles, le cœur, le foie, les poumons, les reins, etc. La probabilité que ces « briques » qui vont ensuite servir à la fabrication du collagène, se retrouvent directement dans les rides est donc, très, très, très limitée » explique le Dr Isabelle Rousseaux.Par ailleurs, les collagènes intéressants pour la peau sont ceux de type I et III. Mais la cellule qui les produit, le fibroblaste, fait bien ce qu’elle veut ! Il existe 28 types de collagène et rien ne dit qu’elle va produire celui qui intéresse vos rides ! Bref, avaler du collagène pour rendre la peau plus ferme, c’est comme faire une décoction de bois bandé pour améliorer ses performances au lit … : un joli conte de fée (mais qui fait néanmoins gagner beaucoup d’argent à beaucoup de gens. Le marché du collagène a doublé en 4 ans et les prévisions de croissance sont de 6, 5 % par an). Mieux vaut vendre du collagène qu’être journaliste, je vous le dis moi …
Certains spécialistes prescrivent du collagène aux patients qui suivent un régime restrictif pour compenser les carences potentielles en acides aminés. Une idée judicieuse ?
« Les compléments alimentaires ne sont pas des médicaments. Le point de départ, c’est de se nourrir correctement » rappelle le Dr Rousseaux. Une alimentation variée et équilibrée suffit généralement à couvrir les besoins en collagènes du corps. Maintenant, si le patient suit un régime restrictif, alors il doit être aussi suivi par un médecin nutritionniste qui évaluera après un bilan sanguin, la stratégie de supplémentation en vitamines et minéraux adaptée. Il se peut qu’il manque aussi de collagène et que sa peau en soit impactée, mais avaler des gélules ne changera rien à la situation puisque ce n’est pas de cette manière que l’on stimule sa fabrication.
Et cette nouvelle mode du bouillon d’os, on en pense quoi ?
La même chose que pour les poudres de collagène ! Les os sont riches en collagène I, c’est donc théoriquement bon pour la peau, à condition que ses acides aminés lui soient bien distribués, ce qui n’est pas gagné une fois encore.
Comment stimule t-on la fabrication de collagène si les poudres de collagène sont sans effet ?
« Les fibroblastes – les cellules engagées dans la fabrication des collagènes dans tout le corps – ont des récepteurs chimiques ou physiques à leur surface qui réagissent à la chaleur, à la lumière et à la pression » explique le Pr Grimaud. Il existe donc plusieurs méthodes permettant de stimuler la fabrication du collagène, du simple massage, aux injections (qui créent une pression sur le fibroblaste), à des technologies utilisant la chaleur (à partir de 60°C) comme la radiofréquence, les HIFU, etc., en passant par des longueurs d’ondes spécifiques de la lumière. Touchez-en un mot à votre médecin esthétique ou à votre dermatologue, il saura vous aiguiller en fonction des besoins de votre peau.
Mais bon, avant de vous lancer dans une grande opération de retape de votre collagène, commencez par observer votre peau, peut-être ? A 20 ans, elle est généralement bien rebondie et n’a strictement aucun besoin que l’on stimule son collagène. « Prévenir sa dégradation en soignant son hygiène de vie est bien plus utile » indique le Dr Rousseaux. Le besoin de booster sa production ne se fait sentir que lorsque les premières rides apparaissent. Puis, il s’accentue avec les années, sauf qu’après la ménopause, la peau ne fabrique plus trop de collagène. « Donc, l’asticoter à un âge déjà bien avancé, n’a aucun intérêt non plus. Si votre visage présente un relâchement important, seul le lifting règlera le problème » complète la spécialiste.
Existe t-il un moyen de mesurer la présence de collagène dans la peau ?
Oui, mais seulement à partir d’une biopsie (prélèvement cutané). Toutes les méthodes proposées ici et là pour mesurer votre collagène sont donc, là encore, une pure histoire marketing.
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Les experts
Dr Isabelle Rousseaux et Pr Jean-Alexis Grimaux




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