23 mars 2026
La longévité, ce mot qu’on entend partout … au point qu’on ne sait plus très bien ce qu’il recouvre. Mise au point.
Selon le dictionnaire, il s’agit de « la durée de la vie ». Les experts, eux, précisent aussitôt : « en bonne santé ». Car soyons clairs : vivre cent ans, oui, mais pas pour passer cloué dans un fauteuil à ressasser ses maux (j’ai la rate qui se dilate, j’ai le foie qu’est pas droit …). Pour éclairer tout ça, j’ai naturellement pensé à un expert du sujet : le gériatre, le spécialiste de la vieillesse. Et qui de mieux que Bertrand Fougère, professeur à la faculté de médecine de Tours, quadra énergique, et auteur de « L’âge, c’est dans la tête ! » (Editions Vuibert), pour comprendre vraiment ce qui se cache derrière le mot de l’année ?
C’est quoi, « être vieux » ?
« On n’est jamais vieux, puisque le vieux, c’est toujours celui quinze ans de plus que nous. Ou alors, on est toujours vieux, puisqu’on est tous le vieux de quelqu’un » plaisante le Pr Fougère. Ha, ha, tellement vrai ! Tant qu’on a ses parents, on ne sent pas avoir basculé du côté obscur de la force. Et dans la tête, on a souvent huit à dix ans de moins que sur le papier … (voire vingt-cinq ans pour certains: je plaide coupable !).
Mais au fond, on se fiche bien de ce qui est écrit sur la carte d’identité. Tout ce qui compte, c’est l’âge que l’on ressent. Celui qu’on se donne intérieurement.
Et la vieillesse ?
« Ce n’est pas un déclin mais une adaptation » me répond sans hésiter le Pr Fougère. Bien sûr certaines fonctions ralentissent avec le temps : les mécanismes biologiques deviennent un peu moins rapides, un peu moins efficaces, et les maladies chroniques guettent. Mais dans le même temps, vous gagnez en expérience, en efficacité, en recul. Vous perdez un peu … mais vous gagnez autrement. Et surtout, les fonctions, ça s’entretient ! Saviez-vous qu’on continue à fabriquer des muscles et des neurones jusqu’à un âge très avancé ?
Des clés pour bien vieillir
« Le secret pour être un vieux en bonne santé, c’est d’avoir été un jeune en bonne santé » résume le Pr Fougère. Autrement dit : si vous avez trop tiré sur la corde, n’espérez pas de miracles à 80 ans.
Entre 30 et 60 ans, l’important, c’est d’être attentif à sa santé : limiter tabac et alcool, bouger, s’alimenter correctement, etc. Vous connaissez tout ça déjà par cœur mais c’est vital, même si une étude majeure publiée dans Science révèle maintenant que la génétique pèse jusqu’à 55 % sur notre espérance de vie et non 20-25 % comme on le pensait jusque-là.
« Cette étude ne remet pas du tout en cause les mesures d’hygiène de vie : elle suggère surtout que nous ne partons pas tous avec le même capital biologique, et non que tout est écrit d’avance. Même si la part génétique de la longévité « intrinsèque » semble plus importante qu’on ne le pensait, l’activité physique, l’alimentation, le sommeil, la prévention et le lien social restent des leviers majeurs pour gagner des années de vie en bonne santé » décrypte notre spécialiste.
A partir de 50 ans, renforcez malgré tout un peu le suivi : dépistages (sein, côlon, ..), contrôle de la tension, bilan cardiométabolique. Inutile de tout recommencer chaque année si tout va bien : tous les deux ou trois ans, ça suffit.
Ensuite, autour de 60 ans, on quitte la promotion de la santé pour « la prévention primaire ». C’est le programme ICOPE (Integrated Care for Older People), développé par l’Organisation Mondiale de la Santé qui consiste à évaluer régulièrement ses capacités : mémoire, mobilité, nutrition, vue, audition, moral, pour prévenir les fragilités pouvant entraîner une perte d’autonomie. Il suffit de remplir un questionnaire tous les 6 mois, via une appli mobile gratuite.
Après 80 ans, on entre davantage dans ce qu’on appelle « la prévention secondaire » : les pathologies sont là (cardiovasculaires, neurodégénératives, ostéo-articulaires, …), et l’objectif, c’est d’éviter les complications (AVC, infarctus, chutes avec traumatismes crâniens dues à des troubles cognitifs, fractures, etc).
Vieillir, ce n’est pas se faner, mais apprendre à s’ajuster, on le redit. Il faut prendre soin de ce que l’on veut garder vivant en soi.
Que penser des bilans biologiques à tout-va ?
« Aujourd’hui, je les trouve souvent inutiles, sauf en cas de pathologie ou de facteurs de risque clairement identifiés. On fait un bilan si on est capable de faire une intervention spécifique et robuste derrière », tranche le Pr Fougère.« Mais attention, la science avance vite … Je changerai sûrement d’avis dans quelques années ! ». L’essentiel, selon notre gériatre, c’est déjà de se concentrer sur les examens de base : dentaires, vue, audition, etc, numération sanguine, etc. Un bilan de santé classique en somme, qui sert à dépister de vrais problèmes, pas à jouer les apprentis sorciers du vieillissement.
Quant aux tests censés « traquer » les marqueurs de l’âge, ils n’ont d’intérêt que s’ils débouchent sur des interventions concrètes. « Mesurer la longueur des télomères par exemple, ne sert à rien : pour l’instant, aucun traitement ne permet de les rallonger », rappelle Bertrand Fougère.
Et la fameuse mesure de l’âge biologique, ou de l’âge de nos cellules ? Même combat ! Tous les tests disponibles reposent sur des modèles ou des algorithmes différents : leurs résultats ne sont ni comparables ni réellement fiables. En clair, nous ne sommes tout simplement pas prêts.
« Mais plutôt que de vouloir sans cesse repousser le vieillissement, si vous appreniez à grandir avec lui ? » conclut le Pr Fougère.


L’expert
Pr Bertrand Fougère




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