6 avril 2026
Ce n’est plus un secret : les cancers à l’échelle mondiale explosent. Penser longévité, c’est donc choisir d’agir dès maintenant pour prévenir la maladie.
En France, les chiffres sont particulièrement préoccupants pour les cancers du sein, du poumon et colorectal. Les causes sont multiples : vieillissement de la population, tabac, alcool, alimentation déséquilibrée, sédentarité, pollution, perturbateurs endocriniens, etc. Pire encore, le cancer frappe de plus en plus d’adultes jeunes, notamment les 20/40 ans. Chez les femmes, l’incidence dépasse même celle des hommes du même âge. D’ici 2050, les projections annoncent de 13 % de cas et décès précoces. Impossible, donc, de parler de longévité sans évoquer cette réalité.
Alors, bien sûr le mot fait peur. On est tous concerné, de près ou de loin, par la maladie. Mais si l’on veut vivre longtemps et en bonne santé, il fautregarder les choses en face. La prévention ne se résume pas à avaler des compléments miracles ou à suivre je ne sais quelle tendance fumeuse. Voici les messages essentiels que souhaite transmettre le Pr Mahasti Saghatchian, cancérologue à l’Hôpital Américain de Paris.
La cellule cancéreuse EST une anomalie de la longévité cellulaire
La cellule cancéreuse est l’exemple parfait d’une cellule « immortelle » sans frein. Elle a acquis des mutations et des mécanismes de défense qui la protègent de la mort programmée et lui permettent de proliférer anarchiquement. C’est pourquoi il faut rester prudent vis-à-vis de certaines approches cherchant à ralentir le vieillissement. Manipuler la longévité cellulaire, notamment en « agissant sur l’ADN » pour prolonger la vie des cellules comporte des risques. Le vieillissement reste un processus naturel, inscrit au cœur même de nos cellules. Chercher à le bloquer trop radicalement peut se retourner contre nous et favoriser le développement de cancers.
« Je suis bien sûr favorable au traitement hormonal substitutif de la ménopause dont l’action reproduit celle des hormones stimulant la division cellulaire. Ce mécanisme explique les effets bénéfiques de ce traitement sur la peau, les muscles, le cœur, … Mais cette même stimulation concerne aussi les cellules des glandes mammaires, qui peuvent alors se dérégler. Les traitements hormonaux (contraception incluse) augmentent par ailleurs la densité radiologique du sein, facteur majeur de risque de cancer du sein. Mon message est donc un appel à la prudence : oui au traitement hormonal mais avec une limite dans le temps. Il est préférable de l’interrompre après dix ou quinze ans » insiste la cancérologue. Cette même vigilance s’applique aux hommes qui utilisent des anabolisants à haute dose pour entretenir leur musculature. : une supplémentation excessive peut accroître le risque de cancer des testicules.
La prévention commence à 40 ans
« A partir de 40 ans, les sécrétions d’œstrogènes et de progestérone commencent à diminuer, les ovaires amorcent leur déclin. C’est donc selon moi, à ce moment-là que les femmes devraient agir pour ralentir le processus de vieillissement » explique le Pr Saghatchian. Concrètement, cela passe par des habitudes simples mais adoptées sur la durée : réduire sa consommation d’alcool, adopter une activité physique régulière (5 jours sur 7), veiller à une alimentation équilibrée, etc. Ce n’est pas six mois de Pilates Reformer intensif qui vont tout changer ! Les mécanismes anti-âge demandent du temps : il faut se préparer à la ménopause bien en amont, idéalement une dizaine d’années à l‘avance.
De même attention à la fausse biologie à la mode ! « J’accueille souvent des patients encombrés de compléments alimentaires et de listes interminables de tests biologiques coûteux, sans efficacité prouvée. Cela me désespère. Ces produits détournent des vrais priorités, que sont la prévention et les dépistages scientifiquement validés » déplore le Pr Saghatchian.
Les dépistages : vos meilleurs alliés « longévité »
« Tant que le cancer, n’a pas frappé directement un proche, beaucoup de sentent à l’abri » regrette le Pr Saghatchian. Ne négligez pas ces examens : ils peuvent vraiment changer la donne.
Cancer du sein : 20 % apparaissent entre 40 et 50 ans. « C’est pourquoi, même si ce n’est pas encore une pratique courante , j’encourage mes patientes à risques à envisager un dépistage précoce dès l’âge de 40 ans » explique t-elle. De nouveaux outils sont en développement. Un test salivaire (autour de 200 €) permet désormais d’identifier les profils à haut risque, évitant ainsi des examens invasifs ou des investigations inutiles. Ce test reste encore expériemental et n’est pas encore remboursé par la sécurité sociale, mais combiné à la mesure de la densité radiologique des seins, il représente un marqueur pronostique fiable du cancer du sein.
Cancer colorectal : le test immunologique proposé par l’assurance maladie dès 50 ans, est aussi un outil majeur. Simple, rapide et réalisé à domicile, il détecte du sang invisible à l’œil nu dans les selles. Il est gratuit, pris en charge à 100 % et renouvelé tous les 2 ans. Faîtes-le ! Bien sûr, en cas d’antécédents de cancer colorectal au 1 er degré, une coloscopie directe s’impose.
Cancer du col de l’utérus : ce dépistage est proposé à toutes les femmes de 25 à 65 ans, dans le cadre d’un suivi gynécologique régulier. Il repère les lésions précancéreuses ou cancer à un stade précoce, avant tout symptôme. Il repose sur un frottis/examen cytologique entre 25 et 29 ans, puis un test HPV-HR à partir de 30 ans, tous les 5 ans.
Cancer du poumon: pour les fumeurs ou ex-fumeurs à haut risque, âgés entre 50 et 74 ans, ayant un tabagisme important (par exemple, un paquet/jour pendant 20 ans), un scanner thoracique faible dose est recommandé.
Suivi après cancer : protégez votre cœur
Chimiothérapies et radiothérapies peuvent entraîner des complications cardiaques tardives : coronaropathies, valvulopathies, péricardites. Une surveillance cardiologique annuelle est donc essentielle, particulièrement après un cancer du sein, pour préserver la qualité de vie et la longévité.
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L’experte
Pr Mahasti Saghatchian




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