11 mai 2026
Parlons des hommes, et de leur longévité. Quels conseils un chirurgien urologue et andrologue peut-il donner pour bien vieillir ?
La longévité se prépare tôt
La préparation au bien vieillir commence bien plus tôt qu’on ne l’imagine. Idéalement, selon le Dr Marc Galiano, chirurgien urologue et andrologue, elle devrait débuter dès l’âge de 13 ans. Oui, c’est jeune, mais … « Les jeunes filles consultent un gynécologue très tôt, sans vraiment y réfléchir. A l’inverse, les garçons à cet âge sortent du suivi pédiatrique et se retrouvent sans accompagnement, alors même qu’ils traversent une période de profonds bouleversements hormonaux » explique le spécialiste, auteur de « Andropause », éd. Flammarion.
L’objectif est simple : poser les bases d’une bonne hygiène de vie dès le plus jeune âge. Because, un adolescent sensibilisé à son corps, à son hygiène et à sa santé deviendra plus facilement un adulte attentif à son bien-être sur le long terme. Donc, tout commence par la connaissance de soi : comprendre comment son petit corps fonctionne permet ensuite de mieux le respecter : s’alimenter correctement, faire du sport, etc.
Dans ce cadre, l’andrologue, autrement dit le « gynécologue pour hommes », joue un rôle essentiel. Il accompagne les garçons, puis les hommes, dans la compréhension de leur développement et assure un suivi de leur santé hormonale tout au long de leur vie.
Maintenir son niveau de testo à flot
La testo, c’est l’hormone de la masculinité, donc tout commence par là. Elle joue un rôle clé dès la puberté en stimulant le développement de l‘appareil génital et l’apparition des caractères sexuels secondaires : pilosité, mue de la voix, développement de la masse musculaire, croissance des testicules, allongement du pénis, …, tout passe par elle. A l’adolescence, les niveaux sont particulièrement élevés. Le corps en est gavé, et de la meilleure qualité en prime, puisqu’il produit la DHT (dihydrotestostérone), une forme super active de la testostérone. Une véritable TNT, qui explique qu’à partir 13 ans, notre petit homme soit tout feu tout flamme, avec une seule idée fixe en tête (vous voyez de quoi il s’agit …).
Et l’influence de cette hormone magique ne s’arrête pas là ! Elle est présente partout dans l’organisme : le cerveau : les os, les muscles, la peau… Le corps baigne littéralement dedans. Et elle est toute puissante ! Elle agit notamment sur l’humeur, la mémoire, la concentration, le sommeil, la libido, etc, contribuant ainsi à l’équilibre global et au bien-être du sexe mâle.
C’est donc l’hormone clé pour bien vieillir. Mais avec l’âge, sa production diminue, pouvant impacter sérieusement la qualité de vie. C’est pourquoi autour de 50 ans (ou plus tôt en cas d’antécédents d’ablation d’un testicule ou de varicocèle – dilatation des veines de ce dernier), un bilan sanguin chez le médecin généraliste ou l’andrologue permet d’évaluer le taux hormonal. Une insuffisance, appelée « hypoandrogénie », peut être associée à différents troubles, et mérite une prise en charge. Il ne faut surtout pas se dire : « Ah bah, c’est normal, c’est l’âge. On ne peut pas être et avoir été … » Non, car lorsque tout va mal, il est souvent trop tard pour agir efficacement.
Les signes qui doivent alerter : le manque d’énergie, l’humeur dépressive, le manque de concentration, l’augmentation de la masse grasse au niveau de la ceinture abdominale (la bouée, quoi) et du thorax (les seins qui poussent !), une moindre résistance à l’effort, une diminution de la libido et du désir ou encore une raréfaction des érections (notamment au petit matin), etc. Ce dernier point est particulièrement révélateur car la fonction érectile est souvent considérée comme un indicateur précoce de la santé vasculaire. Une incapacité à bander (appelons un chat un chat) peut constituer un signal d’alerte cardiovasculaire à ne surtout pas négliger.
Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais ces symptômes rappellent étrangement ceux de la ménopause, non ? Néanmoins, chez l’homme, la chute hormonale (entre 50 et 60 ans) est plus progressive. Elle s’étale sur plusieurs années, avec des effets plus diffus. Du coup, rare sont ceux qui intuitent le déséquilibre hormonal …, et pourtant !
Un petit test pour évaluer rapidement s’il y a carence ou non :
- Ressentez-vous une baisse du désir sexuel ?
- Avez-vous moins d’énergie qu’auparavant ?
- Constatez-vous une diminution de force et de votre endurance ?
- Avez-vous perdu en taille (êtes-vous plus tassé que vous ne l’étiez) ?
- Avez-vous le sentiment d’avoir moins de joie de vivre ?
- Vous sentez-vous triste ou plus souvent maussade ?
- Vos érections sont-elles moins fermes ?
- Avez-vous remarqué une baisse récentes de vos capacités physiques ou intellectuelles ?
- Vous endormez-vous facilement après le dîner ?
- 10. Avez-vous le sentiment d’être moins performant au travail ?
Une réponse positive à au moins 3 questions, ou aux questions 1/ et/ou 7 évoque un déficit en testostérone et justifie d’en parler avec un professionnel de santé. Il ne faut surtout pas attendre que la qualité de vie s’altère ou qu’un organe se déglingue pour agir.
Favoriser une vie sexuelle épanouie
Même si chaque homme vit très différemment son andropause (certains restent toujours très intéressés parle sexe, d’autres lâchent du lest au profit d’autres centres d’intérêt), une vie sexuelle satisfaisante participe à entretenir l’énergie globale de l’organisme. C’est en tous les cas le constat du Dr Marc Galiano. « La libido ne fait pas tout. Mais après vingt ans de consultation, j’observe que les patients de plus de 80 ans qui restent sexuellement actifs sont, dans l’ensemble, en meilleure santé ». Les molécules d’aide à l’érection telle que le Viagra rendent aujourd’hui cette performance tout à fait possible. Et si la taille du pénis s’est un peu réduite avec l’âge, no stress : la masturbation est un excellent exercice d’entretien !
Primo-consultation : à quoi s’attendre ?
Elle peut commencer chez le médecin généraliste. Mais une consultation chez un andrologue-urologue est plus spécialisée.
Ce dernier propose alors un bilan complet :
- un dosage sanguin de 3 hormones : testostérone biodisponible, prolactine, hormone thyroïdienne,
- des bilans glucidique, lipidique, hépatique et rénal
- un dosage du PSA (antigène spécifique de la prostate)
- une échographie des reins, de la vessie et de la prostate
- une coloscopie, surtout en cas d’antécédents de polypes du côlon dans la famille. Il ne faut pas attendre de voir du sang dans les selles pour programmer cette exploration car à ce moment là, la tumeur s’est déployée. Prendre les devants est vivement recommandé.
– Et au moindre doute, des explorations cardiovasculaires peuvent être envisagées : score calcique et coroscanner.
Pas de flip inutile : sauf raison particulière (comme une suspicion de cancer de la prostate), on ne pratique plus le toucher rectal ! On peut donc se rendre à la consultation parfaitement détendu …
Bilan après 1 mois
Le médecin revoie généralement son patient après un mois. Si le taux de testo est inférieur à 1 ng/mL, l’hypoandrogénie est confirmée. Parfois, il est conforme mais le patient évoque des symptômes. « Dans tous les cas, je privilégie d’abord une approche douce, avec une supplémentation en phytothérapie qui associe noix de maca, tribulus et ashwagandha pendant un mois, pour soutenir l’énergie globale et relancer progressivement la libido. Si cela ne fonctionne pas, à moins d’une contre-indication formelle – comme un antécédent de cancer du sein-, je prescris de la testostérone par voie transcutanée ou intramusculaire. Puis, on refait le point à 3 mois … » explique Marc Galiano. Et non, cette hormone ne provoque pas le cancer de la prostate ! Il est temps de tordre le cou à cette vieille rengaine ! En revanche, si le traitement est efficace, il faudra généralement le poursuivre jusqu’à la fin de la vie. Ah ben, on n’a rien sans rien non plus.
Adopter un mode de vie protecteur
Si ce n’est déjà fait, il est vivement conseillé d’améliorer son hygiène de vie en délaissant l’alimentation ultra-transformée au profit d’une alimentation plus équilibrée et plutôt végétale : plus de légumes, moins viande rouge (limitée à 1 fois par semaine en raison de l’inflammation qu’elle crée dans l’organisme, une autre source de vieillissement du corps). Moins de sucre, moins d’alcool, aussi. Enfin, vous connaissez le refrain … « La graisse nous clairement veut du mal ! » rappelle le spécialiste. Elle transforme la testostérone en hormones féminines, d’où l’apparition de seins (gynécomastie) chez certains hommes. Bref, il faut absolument lutter contre le surpoids, d’autant qu’il favorise aussi le diabète, l’hypercholestérolémie, etc, et cherry on the cake, il perturbe l’arrivée du sang dans la verge – en raison des artères encrassées et rétrécies – , donc les érections !
Bouger tous les jours (au moins 20 minutes/jour) permet aussi de préserver la masse musculaire, la meilleure usine à brûler de la graisse. Quelques exercices de gainage, des pompes, des mouvements de musculation avec un élastique, des étirements, et voilà, vous serez parfaitement au point. La musculation est importante car elle permet de compenser la perte d’environ 10 % des fibres musculaires à contraction rapide, qui survient dès 40 ans. Et l’idéal est de compléter tout ça avec une activité d’endurance, vélo ou autre, dès que vous pouvez.
Bref, bien vieillir, c’est à la portée de tout le monde, à condition de dire non au laissez-aller.
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L’expert
Dr Marc Galiano




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