7 septembre 2026
Le Nicotinamide Adenine Dinucléotide, ou NAD + pour les intimes, est LA nouvelle substance à la mode dont tout le monde parle en ce moment. Et comme tout nouveau « crush », on lui prête évidemment mille vertus : plus d’énergie, une meilleure mémoire, un cerveau plus performant, des effets anti-âge, etc… Mais tout cela est-il réellement fondé ? Par Linh Pham
Dans mon entourage, un certain nombre de médecins esthétiques prennent des compléments alimentaires de NAD+. Jusqu’ici invisible sur les congrès, la molécule s’est fait, en peu de temps, une jolie place sur les stands, dopée par un marketing offensif made in USA.
Mais alors, c’est quoi ce NAD + ?
Une molécule qui est naturellement présente dans toutes les cellules de l’organisme. Elle permet aux mitochondries, les centrales énergétiques des cellules dont je vous ai déjà parlé dans un précédent sujet, de convertir les nutriments issus de l’alimentation en énergie.
La présence de NAD + dans les cellules diminuant avec l’âge, l’idée est donc d’augmenter sa concentration.
Le NAD + disponible sous plusieurs formes
Le NAD + est proposé en compléments alimentaires et en IV Therapy (comprenez, administré par perfusion intraveineuse). Et bien sûr, comme le monde médical s’y intéresse, la cosmétique s’est à son tour engouffrée dans la brèche, et propose aussi maintenant des crèmes, patchs, etc.
Peu de produits contiennent cependant la molécule, car elle est rapidement dégradée par l’organisme. La plupart des fabricants utilisent des précurseurs (NMN, NR) du NAD +, c’est à dire les « briques » dont les cellules ont besoin pour la fabriquer. Mais l’absorption intestinale de ces produits de synthèse n’est pas idéale non plus. Seule une partie des molécules atteint véritablement l’intérieur des cellules. C’est pour cela que certains praticiens privilégient la voie intraveineuse. Sauf que …
Beaucoup de marketing, peu de preuves
Le Dr Bruno Donatini, gastroentérologue-hépatologue, cancérologue et médecin anti-age, se montre très réservé sur ce « nouvel actif ».
« Le NAD+ est loin d’être la découverte de l’année. On le connaît depuis des décennies. C’est comme les champignons adaptogènes. C’est le marketing qui a fait de substances des produits tendance » explique notre expert.
A son avis, les compléments alimentaires de NAD + sont des produits qui apportent peu de choses à l’organisme, et qui sont en prime très transformés.
« Si l’objectif est d’améliorer la production d’énergie par les mitochondries, il existe des stratégies autrement plus efficaces et bien moins coûteuses. Par exemple, diminuer sa consommation quotidienne de sucre, laquelle perturbe le cycle de Krebs, une étape clé de la production de l’énergie cellulaire » indique t-il. Sinon, je donne ici d’autres plein d’autres astuces de boots naturels (lire ici : (lire ici : Le plus puissant des anti-âges se cache dans vos cellules : les mitochondries !).
Et pour le cerveau ?
Le NAD + a la réputation de soutenir la santé du cerveau. Les fonctions cognitives ayant tendance à décliner progressivement après 50 ans, Gen X et Boomers en sont devenus fans.
Un médecin esthétique qui en prend quotidiennement me dit : « il améliore la clarté mentale. La concentration est accrue, l’esprit plus ordonné. On prend de meilleures décisions ».
Toutefois, à ce jour, aucune étude solide n’a démontré que la molécule améliore les fonctions cognitives chez des personnes en bonne santé ou qu’il ralentit le vieillissement. « Pour préserver la clarté mentale, la première chose à faire est de traiter les inflammations chroniques de la bouche, comme la parodontite. Des bactéries et des molécules inflammatoires peuvent passer dans la circulation sanguine, entretenir une inflammation de faible intensité dans tout l’organisme, y compris au niveau du cerveau, et favoriser le déclin cognitif .Tout le reste n’est, à mon sens, qu’élucubrations et perte de temps » assène le Dr Donatini.
Le NAD +, en cosmétique aussi
Après les PDRN, place au NAD +, la nouvelle substance de longévité ! Sauf qu’une fois encore, rien n’est validé. Ce qui est pour le coup, très habituel en cosmétique … Mais ce qui est amusant, c’est que les marques qualifient ces nouveaux ingrédients du paysage cosmétique de produits « science driven », alors qu’il n’y précisément pas grand-chose derrière !!!
« On a commencé à voir les premiers produits apparaître en cosmétique en 2024, à la suite d’une publication d’un biologiste espagnol qui incluait le NAD + dans les 12 marqueurs qui caractérisent le vieillissement biologique de l’organisme. Toutefois, le NAD + est une grosse molécule hydrophile qui ne pénètre pas la couche cornée de l’épiderme … » explique Raphaël Coatmeur, docteur en biologie, assistant d’enseignement et de recherche à la Faculté de Pharmacie de Marseille. Pour s’affranchir de cet obstacle, certains fabricants encapsulent le NAD + dans des vecteurs, tels les liposomes, qui ont une excellente affinité avec la peau et favoriseraient l’acheminement de l’actif. D’autres utilisent des précurseurs de NAD +.
« Mais dans les deux cas, on ne dispose d’aucune preuve solide attestant d’une remontée des taux cellulaires de NAD+ avec ces produits. Seuls des tests in vitro sont actuellement pratiqués … » souligne Raphaël Coatmeur.
Dans un tube à essai, l’efficacité des ingrédients est toujours merveilleuse. Mais ce qui se passe sur la peau est toujours nettement plus complexe ! Bref, le NAD + en cosméto, pour l’heure, c’est assez pipeau aussi …


Mes experts
Bruno Donatini, Raphaël Coatmeur




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