4 novembre 2023
Le PRP, on en parle beaucoup mais sait-on que l’utilisation du produit est réglementée ? Le point sur ce que les spécialistes de l’esthétique médicale ont la possibilité de faire (ou pas).
La médecine régénérative est l’un des grands sujets d’actualité du moment. Et parmi les thérapies biologiques pratiquées aujourd’hui, le PRP ou plasma riche en plaquettes, tient une place de choix. Mais attention, le traitement doit suivre certaines règles, qui ne sont pas toujours bien respectées (je cafte, je sais). Un petit point s’impose.
Le PRP est un produit dérivé du sang qui s’obtient à partir d’un simple prélèvement, réalisé à l’aide d’un kit dédié. Par centrifugation, on sépare ensuite les différents constituants du sang, puis on récupère les plaquettes contenues dans le plasma, qui sont trois à cinq fois plus concentrées que dans le sang circulant. C’est quoi les plaquettes ? Des cellules produites par la moelle osseuse qui aident le sang à coaguler. Dès que l’on se blesse, elles s’activent pour stopper les saignements. En prime, elles renferment une foule de molécules, dont des facteurs de croissance (EGF, VEGF, FGF, TGFbeta, etc), qui sont utiles à la reconstruction et à la régénération de nombreux tissus. Déjà largement utilisées en orthopédie, en chirurgie dentaire, en dermatologie, elles le sont aussi depuis quelques années dans le monde esthétique, partout dans le monde, sauf …
Le PRP en esthétique en France, autorisé ou interdit ?
Alors, en esthétique, la réponse tient en un mot : interdit ! Depuis 2005, il n’est plus possible de s’offrir le fameux « Vampire lift », de la célèbre Kim K., quand bien mêmes ses effets rajeunissants sur la peau sont avérés. En France, nous avons connu l’affaire du sang contaminé (1991, pour ceux qui étaient nés …), ce qui a légèrement marqué les mémoires. Surtout celles des autorités qui, du coup, ont pris, de sérieuses dispositions en 2015, concernant l’utilisation des produits sanguins labiles (= destinés à être transfusés).
Reste que les textes ne sont pas d’une limpidité extrême. Il y est écrit que seul le PRP délivré à des fins thérapeutiques ou de recherche est autorisé en France, ce qui exclut donc de facto toute utilisation dans une indication esthétique, style Vampire Lift. Mais la chute de cheveux par exemple, c’est de l’esthétique ou du thérapeutique ? A chacun son interprétation … Pour de nombreux spécialistes, le traitement de l’alopécie androgénétique (ou calvitie), qui est une maladie, entre bien dans le thérapeutique. En revanche, c’est niet pour la chute saisonnière qui n’est rien d’autre qu’un processus naturel.
« Reste ensuite la question de la manipulation et du traitement des produits issus du sang. Est-ce qu’un cabinet en ville répond bien à toutes les exigences de contrôle et de sécurité qu’impose la réglementation ?… », interroge Maître Bertrand de Haut de Sigy, avocat en droit de la santé. Même si le risque d’une infection, aux dires des spécialistes, est très restreint dans le traitement du cuir chevelu, les autorités voient d’un assez mauvais œil ces manipulations non balisées de produits sanguins. Le fameux principe de précaution, toujours.
Le PRP est-il vraiment efficace ?
Le produit a fait l’objet d’une foultitude de publications dans l’alopécie androgénétique, si bien que son efficacité n’est plus à démontrer. Il freine la chute des cheveux, réactive les bulbes en sommeil, épaissit le calibre de la fibre et donne l’illusion d’une chevelure plus fournie. Reste la façon dont il est pratiqué. Elle ne repose aujourd’hui sur aucun protocole qui fait consensus au sein de la communauté médicale et scientifique. Vous le saviez, ça ?
Aussi, d’un préparateur à un autre, le produit peut avoir des propriétés très différentes (voir aucune propriété du tout). Le kit avec lequel est réalisé le prélèvement, la façon dont le sang est centrifugé (il existe une cinquantaine de machines sur le marché) et le nombre de plaquettes que le sérum compte à l’arrivée peut tout changer !
Or, pour l’heure, chaque médecin utilise le kit et la centrifugeuse de son choix et seuls quelques centres dans le monde (comme Remedex en France ou la Clinique Nescens en Suisse), sont équipés de compteurs de cellules permettant de quantifier les plaquettes. Donc, en résumé, beaucoup de gens injectent du PRP mais personne ne connaît la qualité du produit qu’il injecte ! Bigre.
« D’autant qu’il y a des variations biologiques du produit d’un donneur à l’autre. La quantité de facteurs de croissance au sein de la plaquette n’est jamais la même » ajoute la Docteure Sophie Menkes, Directrice médicale du Centre de Médecine Esthétique et Régénérative de la Clinique Nescens, en Suisse. « Or comme pour un médicament, il est primordial lorsqu’on utilise le PRP de connaître sa composition et la dose que l’on va injecter au patient » enchaîne le Pr Guy Magalon, chirurgien plasticien. Un traitement de l’alopécie requiert, pour chaque séance, à partir d’un prélèvement sanguin de 18 cc, autour de 4 milliards de plaquettes. Mais si on ne peut pas les comptabiliser, comment vous assurer que le traitement va marcher, hein ?
Différentes variétés de PRP
L’affaire se corse car il existe aussi différents PRP : le PRP dit « activé », par des produits comme le gluconate de calcium ou le chlorure de calcium, etc. A leur contact, en quelques secondes, les plaquettes sont détruites et elles libèrent l’intégralité de leur facteurs de croissance au sein du cuir chevelu. Certains spécialistes avancent que ce produit serait le plus efficace. A voir … Le PRP « non activé », lui, le devient au contact du collagène de la jonction dermo-hypodermique du cuir chevelu, là où le médecin injecte le produit, puis ses facteurs de croissance sont relargués progressivement. C’est le produit de base, celui qui est le plus couramment utilisé par les médecins. « Mais là encore une fois, il n’y a aucun consensus sur le meilleur type de PRP à utiliser » indique la docteure Menkès.
« Je milite de mon côté pour l’utilisation d’un PRP pur, c’est à dire qui renferme uniquement le concentré plaquettaire, sans aucun autre produit du sang, ce qui dépend beaucoup du kit de préparation utilisé. Il y en a tellement sur le marché … Ce PRP là est jaune clair. S’il prend une teinte orangée, voire rouge, c’est que le produit renferme des globules rouges et blancs et du coup, il perd beaucoup de son efficacité et peut même avoir des effets délétères » explique le Pr Magalon. Ah bon, voilà autre chose. La couleur du jus, à vérifier maintenant … Décidément, on n’est pas sorti de l’auberge !
Bientôt des traitements protocolisés
Aujourd’hui, on l’a vu, chaque médecin prépare son PRP comme l’entend. Mais vous l’avez compris, l’opération est complexe.
Donc, si on veut un PRP qui tient vraiment la route, aujourd’hui, on s’adresse à qui ? Ah, bah … Réponse compliquée !…
La start-up Remedex a pris très une louable initiative, il y a deux ans, qu’il convient de saluer. Elle a ouvert aux médecins de tous poils (orthopédistes, chirurgiens-dentistes, plasticiens …), deux centres à Lyon et à Marseille, 100 % dédiés à la réalisation de PRP. Les spécialistes qui viennent y réaliser leurs traitements de médecine régénérative le font dans des conditions médicales et scientifiques ultra-rigoureuses qui garantissent la qualité du produit injecté et respectent les conditions de contrôle et de sécurité requises par la loi. Ils bénéficient d’un matériel médical performant pour réaliser l’ensemble des étapes de préparation et d’injection du PRP et sont entourés d’un personnel formé et rôdé à l’exercice. Par ailleurs, Remedex exploite un logiciel qui établit, en quelques minutes, un rapport biologique d’injection détaillant toutes les caractéristiques du plasma riche en plaquettes. Le patient repart ensuite avec son compte-rendu qui lui indique la dose de PRP reçue et sa composition et il bénéfice en prime d’un suivi clinique qui valide l’efficacité de son traitement. Délivrée dans ce type centre, il est probable que la prestation soit facturée plus cher par le médecin. Mais après tout, c’est de bonne guerre car c’est la certitude de recevoir un traitement de qualité. Parlez-en à votre spécialiste si ça vous intéresse.
De toute façon, à l’avenir, il est probable que tous les traitements PRP seront délivrés dans des conditions similaires, qui sont à la fois rassurantes pour le patient comme pour les autorités. Il n’y a pas d’autre voie à suivre si les spécialistes veulent voir un jour les indications du PRP étendues à l’esthétique et certains traitements pris en charge par la sécu. Pour l’heure, aucun ne l’est. A suivre …
LE PRP en pratique
Comment ça se passe ? Le produit est injecté sous anesthésie locale, sur le sommet de la tête et les côtés, à l’aide d’une fine aiguille ou d’un pistolet, chaque médecin fait en fonction de ses habitudes. La séance dure une trentaine de minutes.
Suites/recommandations : Des petits bleus sont possibles. Pas de baignade, de shampooing ou de coloration pendant 24 h.
Nombre d’injections : trois injections au cours des deux premiers mois, ce qui correspond à la durée du cycle du cheveu, puis une injection de rappel à six mois. Ensuite, une à deux séances d’entretien par an selon l’importance de la calvitie.
Résultat : Dès la première séance, les cheveux gagnent en épaisseur et en brillance. Mais c’est à partir de la seconde surtout que le PRP commence à produire son effet sur la perte de cheveux.
Prix d’une injection de PRP : Le prix moyen se situe autour de 450 €

Les experts
Pr Guy Magalon, Dr Sophie Menkès, Maître Bertrand de Haut de Sigy
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