15 juin 2026
Vieillir en bonne santé passe aussi par un cœur en pleine forme, un organe essentiel auquel on pense pourtant très peu au quotidien.
Ben oui, on s’intéresse davantage aux borborygmes de notre système digestif qu’à notre cœur, pourtant vital. Silencieux et discret lorsqu’il fonctionne bien, il passe facilement sous les radars. Pourtant, lorsqu’il commence à montrer des signes de fatigue – la fameuse « insuffisance cardiaque », – les conséquences peuvent être très handicapantes. Organe chargé de l’oxygénation de l’ensemble du corps, son dysfonctionnement entraîne rapidement essoufflement au moindre effort, fatigue intense et l’incapacité à poursuivre les activités les plus banales du quotidien. On se retrouve complètement HS.
« Hélas, on ne se préoccupe souvent de son cœur que beaucoup trop tard, alors que la santé cardiovasculaire se construit tôt, dès l’enfance ! » rappelle le Dr Anne-Laure Laprerie, cardiologue à l’Institut du Thorax, au CHU de Nantes et Vice-Présidente de la Fédération Française de Cardiologie. Il faut lutter avec détermination, explique t-elle, contre la sédentarité et la malbouffe chez les plus jeunes, qui font le lit des maladies cardiovasculaires. A l’inverse, lorsqu’on prend de bonnes habitudes petit, on a toutes les chances de les garder plus tard, et donc de conserver un cœur en pleine forme !
Les 8 piliers de la « longévité » cardiovasculaire
L’Américain Heart Association définit huit grands facteurs qui permettent d’évaluer et d’améliorer la santé du cœur. Vous les connaissez tous déjà. Mais qui les applique réellement au quotidien ? C’est toute la question ! Les effets de ces mesures sur la santé cardiovasculaire sont pourtant spectaculaires. En prime, elles ne coûtent pas un centime.
Ces huit leviers se divisent en deux groupe : 4 habitudes de vie et 4 indicateurs de santé cardiovasculaire.
Les 4 habitudes de vie
Ce sont celles sur lesquelles vous pouvez agir directement. Alors, go !
Bien manger
Là, je vous entends déjà souffler : « OK, ça va, je connais la chanson … ». Peut-être, mais ce qui serait mieux encore, c’est de la connaître par cœur ! Car un récent communiqué de presse de la Fédération Française de Cardiologie révèle que 95 % des Français ont une hygiène de vie insuffisante pour rester en bonne santé.
Donc, on répète : l’alimentation à adopter sans tarder est de type méditerranéen, avec des fruits, des légumes, des graines, des légumes secs, des céréales complètes, des poissons gras, et tous les aliments riches en oméga-3 et en antioxydants que vous voudrez bien y ajouter. A l’inverse, il est fortement recommandé de limiter le sel, les sucres ajoutés, les aliments ultra-transformés et les graisses saturées. Ces petits ajustements feront une vraie différence pour votre cœur, believe me !
Bouger
La sédentarité tue au moins autant que le tabac. Un vrai poison ! Elle favorise l’hypertension, le surpoids, et diminue la capacité cardio-respiratoire. On ne vous demande pas de devenir marathonien : 30 min d’activité physique modérée par jour (marche d’un bon pas, vélo, ménage actif, jardinage …) suffisent pour diminuer le risque cardiovasculaire d’environ 30 %. Evitez également de rester assis plus de 7 h par jour. Si vous travaillez sur ordinateur comme moi, pensez à vous lever toutes les 30 min, pour vous dégourdir les pattes, faire quelques moulinets avec les bras. C’est trois fois rien à mettre en place, mais ça change vraiment les choses.
Ne pas fumer
Le tabac est l’un des pires ennemis du cœur … et pourtant le facteur de risque le plus facilement évitable (vous n’avez pas encore lu vos classiques, Allen Carr, En finir avec la cigarette ?). Il abîme la paroi des artères, accélère la formation de plaques d’athérome, fait grimper la tension artérielle et multiplie le risque d’infarctus et d’AVC. Chez les femmes, ce risque est encore plus marqué.
Et non, le vapotage ne constitue pas une alternative sûre pour le cœur. Arrêter de fumer reste l’un des gestes les plus puissants pour réduire immédiatement son risque cardiovasculaire.
Dormir suffisamment
Personne n’imagine à quel point le sommeil joue sur le cœur … et pourtant ! Dormir 7 à 8 h par nuit n’est vraiment pas du temps perdu. Un manque chronique de sommeil favorise la prise de poids et augmente le risque d’hypertension notamment. « Les jeunes actifs ont tendance à minimiser le sommeil. Le petit dormeur est souvent valorisé, alors que c’est un comportement très délétère pour la santé », rappelle le Dr Laprerie. Si vous avez des difficultés avec Morphée, je vous invite à lire ce livre, qui est truffé de bons conseils : « La nuit vous appartient » du Pr Pierre-Alexis Geoffroy (éd Robert Laffont).
Les 4 indicateurs de santé cardiovasculaire
Les bonnes habitudes de vie sont essentielles mais elles ne se suffisent pas à elles seules. Pour savoir où vous en êtes réellement, certains indicateurs simples, biologiques ou mesurés par le médecin, méritent d’être surveillés régulièrement. Ils permettent d’évaluer l’état de santé de votre système cardiovasculaire et d’agir avant que les problèmes ne surviennent.
Le poids et le tour de taille
Il y a bien sûr l’IMC (indice de masse corporelle, calculé en divisant le poids par la taille en mètres au carré), mais la graisse abdominale est un indicateur plus important encore, car elle renseigne sur la répartition des graisses dans l’organisme. La graisse viscérale (celle qui entoure les organes) est métaboliquement très active. Elle secrète des substances qui peuvent perturber le taux de sucre dans le sang, la tension artérielle et le cholestérol.
Le tour de taille doit idéalement rester inférieur à la moitié de la taille. La limite recommandée est de 80 cm chez la femme et 94 cm chez l’homme, sachant que l’obésité abdominale commence à 88 cm chez la femme et 102 cm chez l’homme. Alors, sortez votre mètre ruban et vérifiez moi ça ! Le tour de taille se mesure abdomen relâché, entre la dernière côte et le sommet de l’os de la hanche.
La tension artérielle
La tension artérielle correspond à la pression exercée par le sang sur la paroi des artères lorsqu’il circule dans l’organisme. Lorsqu’elle est trop élevée, elle fatigue le cœur et augmente le risque de maladies cardiovasculaires. La valeur considérée comme idéale se situe autour de 12/7 (120/70 mmHg), mais elle peut varier avec l’âge, le stress ou le contexte. Elle doit toujours être mesurée au repos et interprétée de manière individuelle. A partir de 50 ans, une surveillance régulière devient particulièrement importante, au minimum une fois par an. Si besoin, un traitement antihypertenseur pourra être prescrit par votre médecin.
Le cholestérol
Le cholestérol est une graisse naturellement présente dans le sang, indispensable au fonctionnement du corps mais, lorsqu’elle est en excès, notamment sous forme de LDL (« mauvais cholestérol »), elle peut s’accumuler dans les artères et augmenter le risque de maladies cardiovasculaires. Un taux élevé supérieur à 1, 60 g/L favorise la formation de dépôts dans les artères et accroît le risque d’infarctus ou d’AVC.
La prise en charge repose d’abord les habitudes de vie, notamment l’alimentation. Si après deux à trois mois, les résultats restent élevés, un traitement par statines (médicament bloquant une enzyme du foie essentielle à la fabrication du cholestérol) est proposé par le médecin. Chez les personnes à faible risque, la décision se prend au cas par cas, car le traitement n’est pas dénué d’effets secondaires (douleurs musculaires, fatigue …). « Cependant si le cholestérol reste élevé, les recommandations actuelles vont dans ce sens. Rien n’empêche d’essayer ces médicaments et de voir comment ils sont tolérées », conclut le Dr Laprerie.
La glycémie
La glycémie correspond au taux de sucre dans le sang. A jeun, elle se situe idéalement autour de 0, 70 à 1, 00 g/L. Elle permet d’évaluer la capacité de l’organisme à réguler le glucose. Un excès chronique définit le diabète et augmente fortement le risque cardiovasculaire (infarctus, AVC) en abîmant progressivement les artères.
A quel âge et dans quelles situations faut-il surveiller son cœur ?
Un dépistage des facteurs de risque cardiovasculaires est recommandé dès la prise d’une contraception, généralement autour de 15-17 ans chez la jeune femme. Le jeune homme est lui aussi invité à réaliser un bilan biologique dès sa vingtaine (eh oui !), particulièrement s’il existe dans sa famille, des antécédents d’hypercholestérolémie ou d’infarctus précoce.
La ménopause constitue un moment charnière durant lequel un suivi médical devient particulièrement important. Avec la chute des hormones féminines, ce ne sont pas seulement la peau qui se relâche et les bouffées de chaleur qui apparaissent : la tension artérielle a tendance à augmenter, tout comme le LDL, la graisse abdominale, etc.Ô joie ! Même vigilance chez l’homme, à partir de la cinquantaine.
Plus largement, le risque d’athérosclérose (artères encrassées ou durcies) augmente avec l’âge. Il est également plus élevé en présence d’hypertension, d’obésité, de diabète, de maladie rénale ou de maladie inflammatoire chronique.
Un bilan biologique est aussi recommandé à tous les sportifs du dimanche dont l’activité devient plus soutenue, et à tous ceux qui reprennent le sport après plusieurs années de sédentarité.
Enfin, il est recommandé de consulter un médecin si vous ressentez un essoufflement lors d’un effort habituel, des palpitations en dehors de toute situation stressante, un malaise ou une perte de connaissance, ainsi que des douleurs au niveau de la poitrine, du dos ou du bras gauche.
N’hésitez pas à prendre votre pouls de temps à autre, en particulier en cas de palpitations. Au repos, dans un contexte calme et sans stress, la fréquence cardiaque doit rester inférieure à 100 battements par minute.
Quant aux explorations plus poussées, comme le score calcique (mesure des dépôts de calcium dans les artères), l’échographie cardiaque (évaluation du fonctionnement du cœur) ou l’échodoppler vasculaire (recherche d’un encrassement des artères), qui sont de plus en plus prescrits dans les centres de check-up un peu chics notamment, la spécialiste recadre : « Il ne s’agit pas d’examens de routine. Nous y recourons pour affiner le risque cardiovasculaire, ou lorsque le patient présente des symptômes ».
Un petit test gratuit pour savoir comment va votre cœur !
Ça ne remplace évidemment pas une consultation médicale, mais ce petit check-up, réalisable en quelques minutes, peut déjà vous éclairer sur vos éventuelles prédispositions. C’est sur fedecardio.org !

L’experte
Dr Anne-Laure Laprerie




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