26 janvier 2026
Depuis quelques mois, on les voit fleurir sur toutes les étagères des pharmacies et boutiques bien-être. Alors, vraies ou fausses promesses ? Le point avec un immense spécialiste français du sujet, le Dr Bruno Donatini, gastro-entérologue et hépatologue.
Depuis quand utilise t-on les champignons médicinaux ?
La mycothérapie ou l’utilisation thérapeutique des champignons, remonte à plusieurs millénaires. Mais c’est dans les années 1980 seulement que les premières publications scientifiques de référence voient le jour, principalement au Japon et en Chine, véritables pionniers en la matière. Un tournant majeur survient ensuite en 1994, lorsque The Lancet publie l’un des premiers essais cliniques randomisé démontrant les effets bénéfiques du Coriolus, dans le traitement du cancer du côlon et de l’estomac.
Qu’utilise t-on exactement dans le champignon ?
Principalement le mycélium, les « racines » du champignon, qui se présentent sous la forme de fins filaments blancs (les « hyphes »). La partie visible, celle que l’on cueille, est le fruit du champignon, qui contient d’ailleurs aussi du mycélium. Il faut savoir que le champignon appartient à un règne biologique distinct, à mi-chemin entre le monde animal et végétal. Son « squelette » contient de la chitine, une substance que l’on retrouve également dans la carapace des crustacés, comme la crevette ou le crabe. Tandis que le fruit du champignon ne vit que quelques jours ou semaines, le mycélium, lui, est immortel ! Ses filaments se disséminent dans le sol et donnent naissance sans cesse à de nouveaux champignons. Fascinant, isnt’ it ?
Comment recueille t-on le mycélium ?
Inutile d’aller gratter les pieds de champignons en forêt. Le mycélium se cultive sur un support (le « substrat »), qui peut être constitué de céréales (seigle, millet …) stérilisées, ou d’écorce d’arbre. La colonisation fongique par la méthode industrielle, le « mycélium sur grains », est très rapide : 3 à 4 semaines seulement. Sur écorce, c’est un peu plus lent (4 à 5 mois), et plus artisanal aussi. Ensuite, seule la surface du substrat est récoltée. L’intérieur, considéré comme un « nouvel aliment », n’est pas autorisé à la consommation.
Quelles substances actives intéressantes trouve t-on dans le mycélium ?
Essentiellement des sucres complexes, comme les bêta-glucanes, connus pour stimuler certaines cellules immunitaires telles les lymphocytes T. Le mycélium est particulièrement indiqué pour renforcer les défenses naturelles de l’organisme, notamment en période de grippe, de Covid, de poussées d’herpès, mais aussi comme soin de support dans les maladies neurodégénératives ou cancéreuses. Lorsqu’il est cultivé sur écorce, il bénéficie en prime des propriétés antioxydantes de cette dernière, riche en polyphénols : un atout qui le rend nettement plus intéressant sur le plan biologique, que le mycélium cultivé sur grains.
Quels sont les champignons les plus intéressants ?
Les champignons sont surtout intéressants pour leurs effets sur l’immunité. Les espèces le mieux documentées sont le Coriolus versicolor (ou Karawatake ou Turkey Tail) et, dans une moindre mesure, le Ganoderma lucidum, plus connu sous le nom de « Reishi ». Le Phellinus mérite aussi d’être cité.
La pleurote sort également du lot : elle consolide les os, aide à réduire les bouffées de chaleur de la ménopause et libère la graisse du foie. Tout comme le Maitake, qui est très utile aussi en cas de surpoids, d’excès de cholestérol, de diabète. Ces deux espèces agissent sur la baisse de l’inflammation hépatique. L’Hericium Herinaceus ou « crinière de lion » stimule la mémoire et aide à réduire les épisodes dépressifs. Le Laetiporus présente un intérêt dans la dysbiose (altération de l’équilibre normal de la flore bactérienne intestinale) et l’inflammation intestinale. L’Hericium Herinaceus ou « Crinière de lion » stimule la mémoire et aide à réduire les épisodes dépressifs.
« A l’inverse, le shiitake, on l’oublie. Il a peu d’intérêt thérapeutique. En plus, il est allergisant et indigeste, à moins d’être bien cuit » indique le Dr Donatini. Le Chaga est un champignon proche du Coriolus ou du Phellinus mais il n’a pas été étudié par des essais cliniques. Il n’existe pas de références fiables. Le bolet et la girolle ne méritent pas d’attention particulière, tandis que la morille doit être consommée avec prudence. Elle renferme beaucoup de mycotoxines. Il faut bien la cuire, puis jeter l’eau. Quant au champignon de Paris, il peut être hépato et neurotoxique. Il doit être consommé très frais, de préférence cuit.
Quel est le statut du mycélium ?
Sous forme de gélules, c’est un complément alimentaire. Sous forme de poudre brute, le champignon (mycélium de surface) est classé comme aliment.Aucun champignon à ce jour n’a le statut de médicament en France. Au Japon, en revanche, le Coriolus (ou Turkey Tail) est reconnu comme tel.
Y a t-il des contre-indications ?
Il y a des non-indications, plutôt. Par exemple, en cas de poussée inflammatoire articulaire, il est déconseillé de stimuler le système immunitaire. Autrement, le mycélium ne présente pas de risque particulier, même chez la femme enceinte.En cas de pathologie, il est cependant toujours bon d’avoir le « go » de votre médecin avant d’entreprendre une cure, qui validera ou non l’intérêt potentiel des champignons.
Quelle forme préférer : poudre ou gélules ?
Indéniablement, la poudre, plus économique et souvent plus pure (= sans additif). Mais il faut choisir un produit bio, issu d’une production européenne (idéalement française, et certifiée Ecocert). Dans le cas contraire, le substrat sur lequel le mycélium a été cultivé peut contenir des résidus de pesticides, ce qui est pire que tout. Les gélules quant à elles renferment souvent des agents de conservation qui peuvent irriter la muqueuse digestive. Il existe aussi des gummies, mais là, c’est clairement à éviter car ce sont des produits ultratransformés, truffés d’additifs, franchement néfastes pour la santé (voilà, c’est dit).
Est-il préférable de se faire accompagner par un spécialiste ?
Ça peut être intéressant pour optimiser les bénéfices des champignons, notamment en leur associant des plantes aux propriétés complémentaires. Un spécialiste formé à la mycothérapie saura ajuster la prescription en fonction de vos besoins. Vous en trouverez parmi les naturopathes, les médecins anti-âge ou les nutritionnistes, notamment via le site de la European College of Integrative Medicine. Cela dit, vous tirerez seul aussi, de bons bénéfices de vos poudres, à condition de les choisir comme il faut.
Comment se prend le mycélium ?
On peut cuisiner les champignons, les saupoudrer sur un café ou une tisane ou les déposer directement dans la bouche, et même associer plusieurs espèces si l’on veut. La dose quotidienne moyenne se situe entre 200 à 400 mg, quelque soit le type de champignon utilisé. Une cure de trois mois est généralement conseillée.
Quelle alimentation privilégier pour bien accompagner le mycélium ?
« Une alimentation qui ne fermente pas, riche en légumes et pauvre en sucre, lactose et féculents » recommande le Dr Donatini.
Où trouver de bons mycéliums ?
Dans les pharmacies spécialisées en phytothérapie, où le personnel est formé à ce type de compléments. A Paris, par exemple, la Pharmacie des Ternes, la pharmacie des Champs-Elysées-Boticinal, ou encore la pharmacie du Sourire. Parmi les enseignes bio, Quintessence propose également des produits intéressants. En ligne, Aromafibres et Biochampi notamment, sont fiables.
Qu’en est-il des vertus prêtées à certains champignons hallucinogènes ?
On trouve dans certains de ces champignons, une molécule active, la psilocybine, qui est actuellement étudiée dans le cadre d’essais cliniques pour le traitement des dépressions résistante aux antidépresseurs classiques. Mais bon, dans l’attente des conclusions, leur consommation reste fortement déconseillée (même si ça fait partie de la « top things to do » lors d’un séjour à Amsterdam). Ces substances peuvent provoquer nausées, vertiges, accélération du rythme cardiaque … et à long terme, exposer à des troubles psychiques sérieux.
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L’expert
Dr Bruno Donatini




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