13 avril 2026
On y est tous confrontés. Alors, voici quelques tips pour essayer de la contourner …
Non, si les rendez-vous sont saturés, ce n’est pas à cause de l’esthétique. Moins de 10 % des spécialistes exercent dans ce domaine. La pénurie s’explique essentiellement par : 1/le vieillissement de la profession. Plus de la moitié des spécialistes ont aujourd’hui plus de 55 ans. 2/Le numerus clausus, instauré depuis des décennies par les pouvoirs publics, qui limite le nombre d’étudiants en dermatologie. Le quota a été relevé à une centaine par an mais comme la formation dure dix ans, il faudra du temps pour que la situation s’améliore. D’ici là, les départs à la la retraite se multiplient … et personne pour remplacer les anciens.
1.Les sites des dermatos : de vraies pépites d’infos
Face à la pénurie, comment on s’organise ? D’abord, en s’instruisant un peu. A la sempiternelle question : « Qui surveille mes grains de beauté ? », je réponds : « Eh bien toi, ma chérie, pour commencer ! ». Se faire une petite culture dermato en ces temps de disette ne nuit pas ! L’idée n’est pas de vous renvoyer sur les bancs de la fac, mais d’up grader un peu vos connaissances. « Pour éviter de paniquer inutilement, sachez par exemple qu’un mélanome apparaît le plus souvent de façon spontanée, plutôt qu’à partir d’un grain de beauté qui évolue » indique le Dr Isabelle Rousseaux, Vice-Présidente du Syndicat National des Dermatologues Vénéréologues. Et pour aller plus loin sur le sujet – grains de beauté et bien d’autres encore – , je vous invite à explorer ces deux sites du Syndicat : dermatoinfo.net et dermatos.fr. Ils regorgent d’infos, de conseils et de tutos, super utiles. On y apprend à checker soi-même ses grains de beauté, mais aussi à reconnaître certaines lésions fréquentes, comme les kératoses actiniques ou séborrhéïques. C’est un bon outil pour accéder à une info fiable sur les pathologies cutanées les plus courantes, sans avoir besoin de courir chez le dermato à la moindre tache suspecte.
2.Les journées de dépistage gratuites
Une fois par an, une grande journée de dépistage est organisée partout en France par le Syndicat des Dermatologues-Nénérologues, avec le soutien de l’Institut National du Cancer. C’est gratuit, sans rendez-vous, parfait pour un check up rapide. Pour connaître les centres participants, les horaires et la date de la prochaine édition, rendez-vous sur (www.syndicatdermatos.org ou dermatos.fr) ou via l’application dédiée.
3.Le Mobil’ Derm dans les régions privées de dermatos
C’est un cabinet de dermatologie itinérant destiné à rapprocher le dermatologues des patients en zone de désert médical. L’idée est géniale, mais c’est encore un projet pilote. Pour l’instant, un seul bus qui sillonne les routes de France, donc très peu de rendez-vous à la clé. Mais vous pouvez toujours tenter votre chance. Infos sur dermato-info.fr.
4.Les centres experts, pour les maladies complexes ou rares
Il existe en France plusieurs centres spécialisés en oncodermatologie (mélanomes, carcinomes, sarcomes), ainsi que dans les maladies génétiques cutanées ou les lésions cutanées très étendues ou difficiles à traiter. La prise ne charge se fait généralement sur avis d’un dermatologue ou de votre médecin traitant, mais rien ne vous empêche de les contacter directement pour obtenir des informations.
Par exemple, si après une balade en forêt, vous remarquez une tache rouge qui s’élargit de jour en jour, c’est peut-être le signe d’une infection bactérienne transmise par une tique : il faut alors réagir rapidement. Si vous ne pouvez joindre votre médecin ou n’en avez pas, contactez un centre de compétence des maladies vectorielles liées aux tiques.
5. Le médecin traitant en première ligne
Il peut gérer un grand nombre de problèmes de peau courants : acné, éczéma, dermatite atopique, dermite séborrhéïques, petites lésions, infections superficielles, etc. Donc, n’hésitez pas à l’appeler. A condition d’en avoir un, bien sûr …
6.Le pharmacien, l’allié des petits maux
En cas de petits troubles cutanés, votre pharmacien peut être aussi d’excellent conseil. Sans poser de diagnostic médical, il sait écouter, observer et orienter vers des soins adaptés à votre situation. Il pourra, par exemple, vous aider choisir une crème traitante ou un nettoyant doux si votre acné reste modérée ; recommander la formule idéale (émollient, soin apaisant shampooing traitant) pour calmer une poussée d’eczéma, de dermatite atopique, de rosacée, ou de dermite séborrhéïque ; ou encore suggérer des produits capables d’atténuer les effets secondaires de certains traitements, comme la chimiothérapie, la radiothérapie, ou l’isotrétinoïne prescrite dans l’acné sévère. « C’est ce qu’on appelle dans notre jargon, des « soins de support » », rappelle le Dr Gautier Doat, Directeur médical d’Avène. Et pour ces petites verrues récalcitrantes dont personne ne veut s’occuper, c’est encore le pharmacien qui vous orientera vers la une formule kératolytique capable de les dissoudre si le « mépris » souvent préconisé par les dermatologues ne fonctionne pas. Enfin, le pharmacien peut aussi vous indiquer un médecin de votre quartier si une consultation s’avère nécessaire.
7.Le médecin esthétique, plus polyvalent qu’on ne le pense
Avant de se spécialiser en esthétique, beaucoup de médecins exerçaient comme médecins généralistes, ce qui en fait des interlocuteurs précieux pour de nombreux soucis de santé. Face à la pénurie de dermatologues, ils sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à se former à la dermatologie grâce à la formation continue. Certains suivent ainsi des diplômes universitaires comme le DU de Dermatologie, le DU de Dermatologie chirurgicale (qui permet d’effectuer des biopsies, de retirer des petits kystes sébacés, des petits lipomes, etc), ou encore le DU de Dermatoscopie, pour repérer les lésions cancéreuses cutanées. Ces formations ne font pas d’eux des dermatologues, mais elles élargissent considérablement leurs compétences. Ils peuvent ainsi prendre en charge l’acné (hors prescription d’isotrétinoïne réservée aux dermatos), la couperose, la rosacée, les kératoses actiniques et séborrhéÏques, les grains de milium, les accrochordons, les chalazions, etc. En revanche, une simple verrue, n’est forcément une priorité (comme chez les dermatos d’ailleurs).
Comment bien orienter sa recherche ?
Le médecin contacté ne prend pas en charge l’examen des grains de beauté ou certains problèmes spécifiques, demandez au secrétariat s’il peut vous adresser à un confrère formé en dermatologie.
Pour le contrôle des grains de beauté, les praticiens formés à la dermatoscopie font souvent gagner un temps précieux: seuls les cas suspects nécessitent ensuite une consultation chez un dermatologue. « Nous pouvons en prime demander un avis médical via une plateforme de téléexpertise avant d’adresser le patient à un dermatologue », indique Marie-Fanny Borys, médecin esthétique.«Certains dermatologues jouent vraiment bien le jeu et nous ouvre des créneaux prioritaires sur Doctolib, ce qui réduit considérablement les délais pour nos patients » ajoute t-elle.
Le piège du « médecin esthétique » caché
Le hic, c’est que la médecine esthétique n’étant pas (encore) reconnue comme une spécialité en France, beaucoup de praticiens apparaissent comme médecins généralistes sur les moteurs de recherche. Seuls ceux ayant décroché le Diplôme de Médecine Morphologique et Anti-âge avant 2013 ont le droit de le mentionner officiellemment.
Pour affiner votre recherche, essayez des mots clés comme « médecin injections d’acide hyaluronique » ; « médecin généraliste dermatoscopie » ; « médecin morphologue et anti-âge », par exemple. Décrivez ensuite clairement votre problème au secrétariat (par exemple, une tache d’aspect douteux) pour savoir si le médecin peut vous prendre en charge. Il reste toutefois libre de ne pas accepter de consultation hors esthétique (c’est son droit !).
Combien ça coûte ?
Déjà, il faut distinguer le tarif de la consultation de celui de l’acte. Commencez par demander :« Le médecin est-il conventionné ou non ? » Et s’il est conventionné : « Applique t-il un dépassement d’honoraires ? ». Ainsi, vous saurez exactement ce qui peut être pris en charge (ou non). Notez toutefois que les traitements réalisés au laser ne sont pas remboursés par l’assurance maladie. En revanche, les prescriptions médicales le sont si le médecin est conventionné.
8.Le chirurgien esthétique, une option à connaître aussi
On n’y pense pas, mais ces spécialistes peuvent aussi prendre en charge certains problèmes de peau. Ils ne font pas la surveillance des grains de beauté, mais savent parfaitement examiner une lésion asymétrique, colorée, ou qui grossit, réaliser la biopsie et l’enlever proprement. « On vient surtout nous consulter lorsque la lésion elle est mal placée, sur les paupières ou la bouche par exemple, ou lorsqu’elle est très étendue, comme un gros carcinome baso-cellulaire dans le dos » précise le Dr Robin Mookherjee. Ces spécialistes s’occupent aussi de retirer les lipomes volumineux (ces masses molles qu’on peut retrouver au-dessus de l’arcade sourcilière, sur le cou ou ailleurs) et de corriger les cicatrices disgracieuses, en relief ou élargies.
Pour le coût, posez au secrétariat les mêmes questions que pour un médecin esthétique : conventionné ou non, dépassements éventuels, etc.
9.Les autres spécialistes à mobiliser
Par exemple, l’ophtalmologue pour les petits soucis des paupières : chalazions (kystes bénins des glandes lacrymales dus à une obstruction sébacée), orgelets (infection bactérienne aiguë d’un follicule ciliaire) ou blépharite (inflammation chronique des bords des paupières). Le gynécologue peut aussi prendre en charge en première intention les lésions dermatologiques bénignes des organes génitaux externes (dermatoses vulvaires bénignes, infections comme candidoses, herpès, condylomes, etc) ainsi que certaines lésions précancéreuses ; l’ORL les lésions dermatologiques bénignes, précancéreuses ou cancéreuses de la région tête-cou. Et pour une verrue gênante sous le pied, direction le podologue !
A éviter absolument !
Les diagnostics réalisés par intelligence artificielle pour la détection des lésions cancéreuses suspectes proposés dans certaines pharmacies, inquiètent de plus en plus les spécialistes. Le Syndicat National des Dermatologues-Vénérologues rappelle que l’IA est outil d’aide à la décision, mais qu’elle ne remplace pas l’expertise du dermatologue. Le déploiement de ces dispositifs d’imagerie au sein de structures non spécialisées expose les patients à des risques réels, en entretenant l’illusion d’une compétence dermatologique qui n’existe pas toujours. Bref, les dermatos ne cautionnent pas du tout cette initiative, qu’ils qualifient de dérive purement commerciale.




Les experts
Drs Isabelle Rousseaux, Gautier Doat, Marie-Fanny Borys, Robin Mookherjee




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