19 octobre 2026
Vous avez remarqué quelque chose depuis que vous faîtes vos petites piqûres amincissantes ? Eh bien, ce n’est peut-être pas du au hasard … PAR LINH PHAM
Ces nouveaux médicaments coupe-faim utilisés sous forme de piqûres (Mounjaro, Wegovy, Saxenda, etc), offrent de nombreux bénéfices qui vont bien au delà de la perte de poids. Ils contrôlent le diabète, réduisent certains risques cardiovasculaires et rénaux, protègeraient contre certaines maladies neurologiques, etc. Fine.
Mais comme comme tous médicaments, ils ont aussi leurs effets secondaires : des troubles digestifs (nausées, douleurs abdominales, gonflements, etc), une bouche qui devient sèche et s’accompagne d’une mauvaise haleine en raison de la salive salive qui est moins abondante, voire d’une inflammation des gencives. Sans parler des conséquences esthétiques d’une perte de poids importante : le visage qui se creuse, l’ovale qui se relâche, les seins qui chutent, les bras qui se vident, le ventre qui fripe, les fesses qui dégoulinent … jusqu’aux grandes lèvres qui s’aplatissent : merci le « Ozempic body » !
En, prime, très récemment, une large enquête réalisée avec le soutien du laboratoire Ducray – l’étude SCOP-GLP-1 – auprès de 5804 participants, en France, aux Etats-Unis, au Mexique et au Brésil, a révélé que 65, 2 % des patients se plaignaient d’une chute de cheveux ! Ok, on sera donc mince après tous ces mois de traitements, mais pas ultra glam’ pour autant.
« Cette manifestation est comparable à ce que nous appelons, nous, dermatologues, un effluvium télogène diffus, autrement dit une perte abondante de cheveux répartie sur l’ensemble du cuir chevelu, comme cela survient aussi fréquemment après la prise de certains médicaments, d’une opération ou d’un accouchement » indique le Dr Bruno Halioua, dermatologue.
Et ce qui est intéressant, c’est que l’étude compare les manifestations capillaires à celles d’un groupe témoin atteint de troubles métaboliques, mais qui ne prend pas de traitement. « On sait que ces personnes courent un risque accru de chute de cheveux, mais chez celles qui suivent le traitement, le risque est multiplié par 3, 4 ! » rapporte le spécialiste. Les femmes semblent plus concernées que les hommes. En revanche, ce n’est pas parce qu’on perd énormément de poids que la chute est la plus sévère.
« Dès que je passais ma main dans les cheveux, j’en avais plein les doigts ! Idem, au brossage ou quand faisais mon shampooing. J’ai tout de suite mis ça sur le compte du Mounjaro, parce que je ne prends quasiment jamais de médicaments. D’autant que tout ça était survenu très brutalement. Mais, heureusement, ça s’est tassé assez vite. En deux mois, j’avais plein de petites repousses partout » témoigne Marie.
« En prime, cette chute est rarement isolée. Dans 59, 7 % des cas, les patients rapportent aussi des symptômes inflammatoires du cuir chevelu : démangeaisons, rougeurs, desquamation … Le mécanisme est donc en fin de compte différent du simple effluvium télogène … » complète le Dr Halioua.
Les manifestations surviennent généralement 2 à 4 mois après le début du traitement, et ce quelle que soit la molécule absorbée : sémaglutide, tirzepatide, liraglutide, etc. Pour autant, la plupart des patients restent satisfaits des GLP-1. Peu les abandonnés en dépit de ces effets pervers.
D’où ça vient cette chute de cheveux ?
Très probablement de la modification des apports nutritionnels, pouvant entraîner des carences. Un petit bilan sanguin ciblé est toujours une bonne idée pour les identifier. « Ce peut être des carences en fer, vitamines du groupe B, soufre, etc. C’est exactement le même phénomène qui survient après une chirurgie bariatrique – chirurgie de l’obésité, ndlr- . Mais il faut savoir que cette chute est transitoire. Les cheveux repoussent et les ongles retrouvent leur aspect, en trois à six mois, dès que le corps est parvenu à s’adapter. C’est tout de même un immense choc métabolique qu’il a subi » explique le Dr Bruno Donatini, gastro-entérologue et hépatologue.
Pour l’heure, aucune recommandation médicale pour récupérer sa toison n’a été communiquée. Les spécialistes y travaillent. « Néanmoins, la prise d’un complément alimentaire cheveux & ongles pourrait très certainement être bénéfique. A l’avenir, nous accompagnerons certainement le traitement des patients GLP-1 comme cela se fait déjà dans d’autres disciplines, par exemple en cancérologie ou l’on prescrit systématiquement un antiémétique – anti-nauséeux- aux patients sous chimiothérapie » indique le Dr Halioua. Evitez aussi pendant toute la durée de la prise les traitements capillaires agressifs, comme les colorations d’oxydation ou les techniques lissages.
Des manifestations au niveau des ongles également rapportées
66, 3% des patients rapportent aussi une onycholyse (décollement de l’ongle ) et 45, 6 % une dyschromie ( changement de couleur ).
Là, il faut couper les ongles courts, en raccourcissant progressivement la partie décollée, les garder propres, éviter les traumatismes, les manucures agressives et porter des gants pour faire le ménage et la vaisselle. L’application d’un vernis filmogène protecteur (type Mail Shield de Mavala) peut être aussi être un plus.
Ces effets secondaires existent-ils aussi avec des microdoses de GLP-1 ?
Il faut savoir que l’intérêt des microdoses de GLP-1, c’est à dire des doses inférieures aux doses recommandées pour obtenir une perte de poids plus modérée, n’a pas encore été démontré. Donc, bon … « Je pense qu’elles sont inefficaces. A mon sens, il faut une dose suffisante de ces médicaments pour parvenir à réduire l’inflammation au niveau digestif et buccal et obtenir des effets métaboliques et immunitaires. On ne devrait réserver les GLP-1 qu’aux patients avec un véritable surpoids, de 7 à 10 kilos minimum » indique le Dr Donatini.
LIRE AUSSI : Le GLP-1, nouvel atout des chirurgiens avant une intervention


Mes experts
Drs Bruno Halioua et Bruno Donatini




Laisser un commentaire