Cryolipolyse : les ratés expliqués par un chirurgien  

Cryolipolyse : les ratés expliqués par un chirurgien

Certains patients se disent très déçus par la cryolipolyse. Il faut dire que ce traitement du bourrelet graisseux n’est pas toujours délivré comme il le faudrait … 

La technologie a fait parler beaucoup d’elle récemment, suite à l’affaire Linda Evangelista (lire ici : Cryolipolise de Linda Evangelista : le décryptage des médecins) mais reste cependant l’une des solutions les plus efficaces pour perdre les bourrelets récalcitrants. Encore faut-il que la chose soit bien utilisée, ce qui est loin d’être toujours le cas … Donc, révision en long en large et en travers, avec un chirurgien plasticien, le Dr Olivier Claude, l’un des grands virtuoses de la technique.

QUELLES SONT LES 3 RAISONS ESSENTIELLES D’UNE CRYOLIPOLYSE RATEE ?

 1/Une indication de traitement mal posée

J’ai déjà rédigé plusieurs papiers sur le sujet que vous pourrez consulter en fin d’article. Et à chaque fois, je précise : la cryolipolyse N’EST PAS un régime amincissant. Si vous avez fait des excès à Noël, restreignez-vous un peu, c’est tout et bougez vos fesses ! Elle ne s’adresse pas au sujet en surpoids et NE REMPLACE PAS une liposuccion en cas de bourrelets localisés importants. Le cas en or, c’est la personne relativement mince, avec des bourrelets localisés qu’elle ne parvient pas à perdre. Donc, si on s’extrait de cela, alors il ne faut pas s’étonner de l’absence de résultat. Mais certains opérateurs essaieront toujours de vous convaincre du contraire, bien sûr … Business is business.

2/Une mauvaise machine de cryolipolyse

« Il existe aujourd’hui sur le marché des dizaines d’appareils mais seulement deux machines estampillées CE médical sortent du lot car elles refroidissent plus que les autres, autour de – 10 °C, et ont un système de sécurité qui bloque l’appareil pour éviter les brûlures » rapporte le Dr Olivier Claude. Waow, c’est cash ! Malheureusement, les machines sans CE médical et/ou qui fonctionnent avec des températures positives, il y en a un paquet sur le marché. Donc, ceci explique pourquoi des dizaines de cryolipolyses restent aussi sans effet (ou minime). Et comme je suis certaine que vous allez me harceler en MP si je ne vous donne pas le nom de ces deux bécanes, les voici : c’est la Coolsculpting d’Allergan (américaine) et la Cristal Pro de Deleo (française).

3/Un opérateur insuffisamment qualifié pour réaliser la cryolipolyse

S’il suffisait d’introduire un bourrelet dans un applicateur et de le refroidir à une température négative pour assurer un joli résultat, alors j’ouvrirai un centre moi aussi, dès demain ! Mais la technique est un peu plus complexe que cela, je le crains…

Identifier les zones qui demandent un traitement, définir le nombre d’applicateurs à poser et la façon de les placer requiert des connaissances du tissu graisseux et de l’anatomie dont tout le monde ne dispose pas. Un médecin qualifié passe facilement une demi-heure à faire les dessins sur le corps de son patient et des clichés en vue des avant/après. Quid des autres opérateurs qui utilisent la technologie ? Du coup, cette phase préalable essentielle à la réussite du traitement est souvent négligée (quand elle n’est pas carrément méconnue). Résultat : le nombre d’applicateurs utilisé est insuffisant ou ces derniers sont posés n’importe comment. Voilà qui commence très, très mal …

 

CAPITAL POUR LA RÉUSSITE DE TOUTE CRYOLIPOLYSE : LE NOMBRE D’APPLICATEURS POSÉS ET LA FAÇON DE LES DISPOSER ! 

Là, ouvrez bien vos yeux, ce qui suit est HYPER, MÉGA-IMPORTANT : « Il faut étudier la quantité mais aussi la qualité de la graisse et avoir une analyse artistique de la silhouette pour évaluer le nombre d’applicateurs à poser. Certaines zones où la graisse est plus importante ou plus fibreuse vont ainsi pouvoir bénéficier de 2, 3 ou 4 passages de froid successifs. C’est ce qu’on appelle l’ « overlap » ou la superposition d’applicateurs et c’est la technique qui nous permet d’attaquer dans la graisse profonde. D’où l’importance de posséder une machine avec tous les critères de sécurité, pour ne pas provoquer de brûlures » explique le Dr Olivier Claude. Oui, vous avez bien lu. Pour un traitement réussi, il faut donc pouvoir envisager plusieurs sessions consécutives de traitement, si besoin : 30 mn ici, puis 30 mn là, et encore 30 mn par là … , avec certaines zones qui seront être prises en charges plusieurs fois d’affilée. Le nombre de passages au total peut même monter, jusqu’à quinze ou vingt, parfois ! Evidemment, on déconseille à tout opérateur qui n’est pas médecin de s’amuser à cela. Le risque de brûlure est majeur !

« En fait, tout dépend du patient. Certains ont une demande très ciblée et dans ce cas, leur problème est relativement simple à résoudre, avec 2, 3 ou 4 applicateurs. D’autres sont plus exigeants et souhaitent une réharmonisation globale de leur silhouette, comme en liposuccion. De fait, en chirurgie, il est rare que l’on n’aspire qu’une zone unique. Le traitement de l’abdomen appelle celui de toute la ceinture abdominale, donc celui des hanches aussi. Et si l’on affine les hanches, il faut alléger en même temps la culotte de cheval. Mais pas de traitement de l’extérieur des cuisses sans un regard aussi sur l’intérieur des cuisses … et l’intérieur des genoux. Bref, une zone répondant à une autre, on se retrouve vite dans la situation de la pelote de laine que l’on déroule. Mais c’est grâce à ce genre d’examen attentif de la silhouette que l’on obtient des lignes vraiment optimisées. On comprend bien, dans ce cas de figure précis que le nombre d’applicateurs peut monter très rapidement » explique le Dr Olivier Claude. Vous saviez tout cela ?

Par ailleurs, les médecins, comme en liposuccion encore, travaillent de façon circonférentielle : face, côté, profil. De même, certains prescrivent le port d’une gaine pendant 2 à 3 semaines à leurs patients pour faciliter la résorption de l’œdème. « Les résultats apparaissent meilleurs » avance le Dr Olivier Claude.

Tout ce travail permet d’éviter les résultats dysharmonieux, que l’on voit si souvent, malheureusement en cryolipolyse (un côté plus traité que l’autre ou des zones d’irrégularités comme des bosses et des trous). En fait, une bonne cryo, entre les mains d’un chirurgien passionné, ressemble furieusement à une liposuccion, hormis qu’elle se pratique au cabinet et non au bloc et sans anesthésie.

« J’installe mes patients très confortablement dans une salle de traitement où ils peuvent lire et regarder leur série fétiche et ils peuvent passer la journée entière au cabinet avec nous, comme s’ils embarquaient à bord d’un 747 pour un Paris-Sidney » explique le chirurgien. Mais bon, un vol long courrier avec escales tout de même, ne serait-ce que pour aller faire pipi ou se sustenter.

Ce véritable travail de sculpture de la silhouette est ce que le Dr Olivier Claude appelle une « cryolipolyse HD ». Il est directement inspiré des techniques de liposuccion HD sud-américaines, où l’on vient aspirer de manière appuyée certaines zones pour les redessiner. On peut y ajouter en prime, un travail de radiofréquence pour plaquer la peau sur ses nouveaux contours et renforcer l’effet « haute définition ». Lire ici : Les nouvelles liposuccions : vers un body plus ferme et sculpté

Une intervention de ce type coûte évidemment une blinde, parfois même plus cher qu’une liposuccion. Mais c’est le choix de certains patients qui ne veulent pas de chirurgie. Evidemment, si on met un nombre restreint d’applicateurs, la cryo reste meilleur marché que la lipo.

Côté résultats, la chirurgie est sans égal. Néanmoins, ceux d’une cryolipolyse bien exécutée peuvent s’en approcher et ils sont stables dans le temps également.

Là, on comprend mieux pourquoi la cryolipolyse n’est pas à la portée du premier venu. Elle a beau être pratiquée partout, chez l’esthéticienne ou dans des « bars à cryo », franchement, tout le monde n’est pas qualifié pour la réaliser correctement. Elle demande un véritable savoir-faire qui, à mon sens, ne peut être que MEDICAL. Et l’habitude de pratiquer (ou d’avoir pratiqué) des liposuccions renforce encore, à mon sens, cette aisance à jongler avec les applicateurs et l’overlap. Un prix attractif ne doit pas être l’unique élément à prendre en considération. Si votre traitement ne sert à rien, vous aurez de toute façon perdu votre argent !

Exemple des dessins réalisés sur le corps d’une patiente, avec superposition ou overlap des applicateurs

 

MAIS ALORS QUI DE LA CRYOLIPOLYSE LOUPÉE DE LINDA EVANGELISTA ?

Good question, hein ? Cette cryo a pourtant bien été réalisée par un médecin ? Yes, mais ce « raté » fait partie des complications connues mais super rares (0, 03 % des cas) de la cryo dont tout patient (dans les cabinets médicaux, en tous les cas) est normalement informé. Linda a eu ce qu’on appelle une hyperplasie paradoxale (augmentation anarchique des cellules graisseuses dans la zone traitée). Lire ici : Cryolipolyse ratée de Linda Evangelista : le décryptage des médecins

Il y a toutefois une issue à son problème mais qu’elle ne semble pas avoir choisie : celle de liposuccer la zone en question afin de tout rentre définitivement dans l’ordre. Vu le statut de la dame, on imagine même qu’on a dû lui proposer une retouche gratuite. Mais après, chacun reste libre de ses options, n’est-ce pas ?

Pour mettre un point à l’histoire, c’était juste la faute à pas de chance. C’est arrivé à d’autres avant elles et cela arrivera encore à d’autres après elle. Ce fait divers rappelle qu’un acte médical n’est jamais exempt de risques, ce que beaucoup oublient dès lors qu’il s’agit d’esthétique !

 

Traitement circonférentiel de la silhouette : abdomen, taille et hanche. Beautiful, isn’ it ?

 

LIRE AUSSI :

 

L’expert :

Cryolipolyse : les ratés expliqués par un chirurgien

Dr Olivier Claude

 

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2 Commentaires on "Cryolipolyse : les ratés expliqués par un chirurgien  "

  1. Est-ce que la cryolipolyse marche pour le double menton?

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