Injection des lèvres sans aiguille : attention, danger !

injection des lèvres sans aiguille : attention danger !

Attention à cette nouvelle procédure pour l’augmentation des lèvres et le comblement des rides proposée dans les instituts de beauté : les risques sont réels ! 

On voit de plus en plus sur les réseaux sociaux des avant/après très attractifs de lèvres regonflées avec un dispositif injectable qui ressemble à un stylo, accompagnés de ce petit message très mystérieux :« me contacter en MP ». Les résultats sont toujours épatants, les prix très doux (autour de 100/150 €, contre 350 à 450 € la seringue d’acide hyaluronique chez le médecin esthétique) et les risques inexistants.

Un médecin nous a transmis cet « après » qui nous a laissés sans voix. Nous tenions donc à faire un petit point sur ce système qui nous paraît sortir des clous, même s’il est (pour le moment) parfaitement autorisé sur le marché. Ceux qui le commercialisent (plusieurs marques, à priori) profitent sans nul doute d’un vide juridique, qui ne devrait pas tarder à être comblé, aux vues des différents incidents que les clients commencent à reporter.

Le dispositif étant sans aiguille et utilisant un acide hyaluronique fluide, à la durée de vie limitée, il n’est pas classé dans les « dispositifs médicaux ». Ceci ne signifie pas pour autant qu’il est dénué de risques.

Comment peut-on regonfler des lèvres sans aiguille ?

Ces outils utilisent un acide hyaluronique stocké dans une ampoule et propulsé à l’intérieur de la muqueuse, à la vitesse de 800 km/heure, au moyen d’air comprimé. Le produit sort à travers un embout microscopique, puis il est distribué point par point dans la muqueuse. La cliente choisit son dosage (0,5 ml à 2 ml) et le site d’injection, en fonction du résultat souhaité.

On parle d’un traitement rapide, précis et totalement indolore.

Augmentation des lèvres sans aiguille : des risques pourtant bien réels 

Reprenons point par point.

– Le mot « dispositif » ne signifie pas « dispositif » médical », on l’a vu. Ce stylo est un simple accessoire de beauté, qui n’offre donc pas toutes les garanties de sécurité du dispositif médical.

– C’est indolore : non ! Vous imaginez bien ce qu’un produit propulsé dans la muqueuse à cette vitesse-là peut générer comme sensations … « C’est un geste parfaitement traumatique » indique le Dr Frédéric Lange, chirurgien plasticien.

– C’est précis : non plus ! Ce n’est pas une méthode d’injection contrôlée comme à l’aiguille. La lèvre est regonflée uniformément. Elle n’est pas redessinée, ni réourlée, etc. Vous ne pouvez pas non plus redresser des commissures tombantes, mettre en valeur le philtrum (la mignonne fossette au-dessus de la lèvre supérieure), etc… Bref, tout ce qui fait qu’on ressort normalement avec de jolies lèvres et non des pneus.

 

LIRE AUSSI –  Botox, acide hyaluronique : comment surmonter sa peur de l’aiguille.

 

– C’est sans risque pour la cliente : ben tiens ! 

Vous vous exposez non pas à de simples ecchymoses (petits bleus) comme après une injection à la canule, mais de sérieux hématomes qui nécessiteront, de consulter un médecin, et peut-être même d’êtres drainés chirurgicalement. Une simple application de froid ne suffit pas.

De fait, l’hématome peut comprimer un nerf ou un vaisseau, avec une souffrance cutanée pouvant aboutir à une nécrose (pourrissement des tissus), des paralysies, des paresthésies (troubles de la sensibilité) qui peuvent être définitives, des cicatrices inesthétiques, etc.

« Le mot «hématome » est très galvaudé. Déjà, il faut être en mesure de poser le diagnostic, ce que seul peut faire un médecin car il peut être confondu avec un livedo, une tache violacée d’origine vasculaire aussi. Les esthéticiennes ne sont pas suffisamment formées pour distinguer ce qui est grave de ce qui ne l’est pas. Elles ne sont pas à même de prendre les décisions qui s’imposent en cas de problème, de prescrire les examens complémentaires et de mettre en place le traitement adéquat » indique le Dr Lange.

Interrogé aussi sur la question, le Syndicat National des Chirurgiens Plasticiens (SNCPRE) nous dit qu’il prendra l’avis de la Direction Générale de la Santé concernant aussi les éventuelles impuretés qui peuvent être contenues dans le dispositif. « La haute pression peut détacher des particules plastiques du dispositif et les mélanger à l’acide hyaluronique. La conséquence serait l’apparition de granulomes inflammatoires à répétition », indique le Dr Richard Abs, chirurgien plasticien. Comprenez une petite grosseur récidivante qui peut demander une intervention chirurgicale pour être retirée. Pas vraiment sympa …

– C’est sans risque aussi pour l’esthéticienne : pour l’instant ! Et quoique …

La législation sur les cosmétiques n’autorise pas la pénétration de produits sous les couches superficielles de la peau. On peut donc se donc se demander si, à ce stade déjà, l’utilisation du stylo est bien conforme. « On est vraiment pas loin de l’exercice illégal de la médecine, ce qui rappelons-le, est une infraction pénale » confirme le Dr Lange.

– C’est durable : non !

Pour pénétrer la lèvre, le dispositif à air comprimé doit utiliser un acide hyaluronique très fluide, non réticulé (alors qu’à l’aiguille ou à la canule, le médecin peut injecter des acides hyaluroniques plus ou moins épais, qui lui permettront d’obtenir différents résultats et une durée de vie plus ou moins longue du produit sous la peau). Le résultat de l’injection sans aiguille ne peut donc durer que quelques jours, au mieux (contrairement à celui du médecin qui tient facilement une année).  L’effet repulpé obtenu juste après la séance est surtout le fait de l’œdème (gonflement), consécutif à l’injection. Par ailleurs, que sait-on de l’origine de cet acide hyaluronique ? Rien. Rappelons qu’il est justement capital pour ce type d’intervention de s’assurer au préalable de l’origine, de la sécurité et de la traçabilité du produit que l’on vous injecte car cela n’est pas sans risques ! Consulter ici notre fiche technique sur les injections d’acide hyaluronique.

– Ce n’est pas cher : certes !

Mais le travail réalisé avec ce stylo n’est pas comparable à celui du médecin, qui redéssine avec précision avec son aiguille ou sa canule les contours de la bouche, corrige les asymétries, relève les commissures tombantes, etc. Le tout, avec une technique et des produits médicaux, qui garantissent une sécurité maximale au patient. Et bien, sûr, en cas de problème, comme on l’a vu, il est aussi capable de gérer les problèmes.

Conclusion : les esthéticiennes ont beaucoup de cordes à leur arc, et notamment des mains en or pour délivrer des modelages renversants qui transforment les visages aussi en quelques minutes. Je me fais l’écho de leurs prestations à longueur d’année dans les différents magazines pour lesquels j’écris. C’est une profession pour laquelle j’ai un profond respect et un grand attachement. Mais pour les injections, n’est-il pas plus sécurisant de s’en remettre à un médecin ? C’est un acte qui comporte des risques et pour lequel la législation exige d’ailleurs, dans un contexte médical, un délai de réflexion pour le patient. La personne qui vous prend en charge doit être à même de les gérer. C’est le minimum requis. La sécurité passe avant tout.

 

A LIRE AUSSI :  Injection acide hyaluronique lèvres : comment avoir une bouche pulpeuse à la Kylie (Jenner) ? 

 

Toute reproduction interdite

Cet article vous a été utile ?

5 Commentaires on "Injection des lèvres sans aiguille : attention, danger !"

  1. Bonjour,

    Comme beaucoup d’autres, votre article est intéressant et mérite d’être lu car des mises en garde doivent être évidemment annoncées ! Cependant, j’ailerais Émettre une nuance.

    Comme dans tous les secteurs et auprès de tous les professionnels, il y a des bons et des moins bons ! Dans le cadre d’une injection sans aiguille, le dispositif est connu depuis des décennies puisque dérivé de l’injection d’insuline. Effectivement, cette technique n’est pas indolore mais avec de réelles compétences peut être votre aussi bien utilisé avec de très beaux résultats sans effets secondaires dramatiques !

    Si dénoncer le milieu esthétique est facile avec quelques cas relatés, pourquoi’ ne pas dénoncer les catastrophes obtenues chez les médecins ? L’apparition de granulomes sont fréquents, les inesthetismes « bouche de canard » n’en parlons pas et des occlusions vasculaires arrivent aussi ! De plus, un médecin esthétique doit également dans ce cas se référer à un chirurgien esthétique car ses compétences sont également limitées dans ce type d’effets secondaires.

    Je suis spécialiste de peau depuis plus de 10 ans ! Spécialisation reconnue partout dans le monde sauf en France et Belgique bien sûr. Je fréquente régulièrement les congrès de médecine et de chirurgie et En plus de ma spécialisation, j’ai suivi durant deux ans un cursus de médecine esthétique (cursus accessibles aux non médecins) pour toujours mieux parfaite mes connaissances car rien n’est Plus précieux que la santé avant là beautés ! Je ne me prend pas pour ce que je ne suis pas, ni médecin ni chirurgien, j’offre simplement des alternatives douces ou moins invasives à ma clientèle. Je connais mes limites, refuse un client ou renvoi vers un médecin quand c’est necessaire.
    J’utilise pourtant la méthode d’injection sans aiguille avec précaution (connaissance de mon schéma vasculaire et nerveux entre autres) et utilisent des injectables réticulés autorisés et traçable de fait ! Chez moi, cela a bien sûr un coup….

    En bref, je suis d’accord d’infomer Car trop de dérives de portes ouvertes à des incompétents en recherche d’argent Facile. Mais pourquoi faire une généralité et descendre une technique ou un professionnel ?
    « Nul besoin d’ecraser Les autres pour briller »
    Pour moi, cadrer certe, est utile avec La possibilité aux esthéticiennes ou infirmières consciencieuses d’avoir un réel statut de spécialisation avec un cursus spécifiques ! Cela éviterait bcp de déviées dangereuses et éviterait aux professionnels consciencieux d’etre Discriminés.

    Bav

    • Bonsoir madame et merci pour votre long message. Je me doutais bien, en rédigeant cet article qu’il y a aurait quelques réactions… que j’accepte absolument. Bien évidemment, je ne remets en cause le professionnalisme de personne. Vous prenez votre travail à cœur et cela se sent dans votre réponse. Ce n’est donc pas les esthéticiennes qu’il faut remettre en question mais ces dispositifs qui leur sont proposés et qui relèvent, à mon humble avis, de la médecine et non de l’institut. Les médecins ont aussi leurs ratés – et vous avez raison de le rappeler, nous ne couvrons ici personne – Toutefois, ils sont à même de gérer les risques (infection, hématome, nodules, granules & co) et bénéficient de dispositifs et de produits qui répondent à des normes de sécurité bien différents que ceux que vous avez entre les mains (la différence du produit médical par rapport au produit cosmétique). Je suis cependant d’accord avec vous sur une chose: il manque une formation spécifique pour toutes ces femmes non-médecins qui souhaitent exercer dans l’esthétique médicale. Mais selon mes informations, je crois savoir qu’elle est à l’étude. Vous devriez donc, un jour avoir le droit de vôtre côté ! En attendant, merci beaucoup de me lire et d’avoir partagé vos impressions.

  2. Il faudrait également rajouter une information, un volet légal : le risque auquel s’expose les esthéticiennes en se dirigeant vers cette solution et autres dispositifs de ce genre : ces dernières ne sont plus sous couvert de la loi dès lors que les produits utilisés intègrent le derme (la pratique des esthéticiennes devant se concentrer sur l’epiderme) : ce dispositif injecte à environ 5 mm. (a titre de comparaison, le microneedling leur est interdit)

    • Merci pour votre message. Le point est également abordé dans le sujet. Pour l’instant, le dispositif est autorisé, mais effectivement il ne semble pas répondre aux mesures de sécurité imposées pour l’usage cosmétique.

  3. Lol… ce n’est Pas très professionnelle de la part d’une Journaliste de sortir un article comme celui ci. Avez vous été formé pour dire tout ça? Ou vous vous basez simplement sur les dire du dr L. ?
    Je suis esthéticienne, nous connaissons les risques et nous enverrons les clientes chez un médecin si un jour un soucis devait avoir lieu. Dans d’autre pays les esthéticiennes injecte même l’acide hyaluronique avec l’aiguille et les médecins n’en font pas tout un plat.
    Revoyez votre article. Pouvez vous m’expliquer pourquoi il vous envoie que c’est dangereux alors que sa propre petite amie AURELIE PRESTON est allée ailleurs faire des injections avec le Hyaluron pen …

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.


La parole vous est donnée, dans le blog. N’hésitez pas à partager votre expérience, donner votre avis. Mais les commentaires postés doivent être factuels et exprimés sur un ton courtois et modéré, sans attaques personnelles.
Vous n’avez pas le droit d’écrire en toutes lettres le nom d’un médecin. Par ailleurs, je me réserve celui de supprimer à posteriori tout commentaire que je considèrerais comme agressif, excessif, indélicat, scabreux, choquant, diffamatoire ou calomnieux envers les praticiens ou d’autres personnes. Je n'authorise pas non plus la promotion d'appareils ou méthodes qui n'ont rien à voir avec les techniques médicales évoquées dans mes pages et qui peuvent induire en erreur ou tromper mes lecteurs. En postant un commentaire, vous adhérez sans réserve à ces conditions et vous vous interdisez toute réclamation du fait de la non publication ou de la suppression de ce commentaire.
De même, n’étant pas médecin mais journaliste, je ne pourrai délivrer aucun conseil médical à titre personnel, recommander un spécialiste ou communiquer des numéros de téléphone, adresses mail ou postales. Vous trouverez dans la rubrique « avant/après l’intervention » les contacts des organismes professionnels auprès desquels vous adresser pour obtenir les annuaires de médecins qualifiés. Ceux cités dans mes sujets interviennent uniquement à titre d’experts.

*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.