27 avril 2026
Vous avez été trompée et en subissez aujourd’hui les conséquences. Il est temps de reprendre le contrôle.
Vous n’êtes pas en faute
Lorsqu’une personne se présente sur les réseaux sociaux avec des photographies « avant/après » soignées, plusieurs centaines d’abonnés, des avis favorables et un tarif inférieur à celui d’un médecin sans être pour autant dérisoire, il n’est ni naïf ni imprudent de lui accorder sa confiance. La responsabilité en incombe à ceux qui exercent illégalement la médecine, dans un contexte où les contrôles et l’information restent insuffisants. Donc, surtout ne culpabilisez pas.
Ne recontactez surtout pas l’injectrice !
Même si ça vous démange, évitez de demander des explications. Si l’injectrice perçoit votre inquiétude, elle risque de couper court rapidement à la conversation, et de disparaître tout aussi vite (compte supprimé, numéro bloqué, etc), vous privant d’éléments essentiels. De toute façon, elle ne sera pas en mesure de corriger la situation, alors …
Montrez-vous plus stratège
Demandez à une amie de la contacter à votre place, en se faisant passer pour une cliente. L’objectif est d’obtenir un rendez-vous dans les 2 à 3 jours. cela peut faciliter son identification.
Conservez toutes les preuves
Enregistrez les échanges, faîtes des captures d’écran (messages, profil sur les réseaux, publications, photographies « avant/après », tarifs, avis,…), et sauvegardez-les sur un support externe (email, cloud).
Photographiez aussi sans attendre les dommages visibles sur votre visage, sous différents angles et éclairages. Ces images doivent être horodatées : vérifiez que votre téléphone intègre bien la date et l’heure dans les métadonnées de chaque cliché.
Ne nettoyez pas les zones injectées avant de les photographier. Ne maquillez pas. L’état brut constitue la preuve. Photographiez également le contexte si vous êtes encore sur les lieux (appartement, salon, local commercial), et notez précisément l’adresse.
Ne signalez pas le compte sur les réseaux sociaux : sa disparition compliquerait les démarches
Consultez un médecin en urgence
Dans les heures qui suivent l’injection, prenez rendez-vous rapidement avec un médecin spécialisé en esthétique (médecin esthétique, dermatologue ou chirurgien plasticien), et surtout précisez bien que l’injection a été réalisée hors cadre médical. Cette information est déterminante pour la prise en charge, et doit figurer à votre dossier.
Dans la majorité des cas, le produit injecté est de l’acide hyaluronique, ce qui permet une intervention rapide grâce l’injection de hyaluronidase pour le dissoudre.
En revanche, en cas de douleur oculaire ou de troubles visuels, après une injection des cernes notamment, il s’agit d’une urgence absolue. Filez immédiatement aux urgences ophtalmo. Une prise en charge doit intervenir dans les 90 min pour éviter des conséquences irréversibles.
Si vous n’avez pas pris de photos de vos lésions, demandez au médecin d’en réaliser, et d’établir un certificat médical détaillé, comportant la date de la consultation, la description précise des lésions, le lien probable avec une injection récente, et leur gravité.
Porter plainte : une étape clé
De nombreuses victimes hésitent à le faire (honte, doute sur l’utilité …). « Néanmoins, ces hésitations sont souvent infondées. Les signalements auprès du Conseil national de l’Ordre des Médecins sont en forte augmentation, plusieurs poursuites ont abouti à des peines d’emprisonnement ferme. La justice connaît le phénomène et dispose des moyens pour agir » précise Maître Emmanuel Walle.
Porter plainte permet de déclencher une enquête, de faire valoir vos droits et de renforcer votre dossier en vue d’une indemnisation. Il est recommandé de se rendre au commissariat dans les 48 h (plutôt qu’une plainte en ligne). Apportez une pièce d’identité, l’ensemble des preuves (photos des zones injectées, captures d’écran, certificat médical, rendez-vous avec l’injectrice obtenu par votre amie, etc), et si possible un récit chronologique des faits (date, lieu, comment vous avez trouvé ce praticien, ce qu’il vous a dit, ce qui a été injecté, le prix payé et la suite donnée, etc). Si l’identité de l’auteur vous est inconnue, pas de souci, vous pouvez déposer une plainte contre « X ». Même si le motif peut sembler léger, ne reculez pas. Les policiers sont tenus de vous écouter, et de recueillir votre plainte. En cas de refus, vous pouvez l’adresser directement au procureur de la République par lettre recommandée avec avis de réception.
Dans l’hypothèse où tout se passe bien (tout de même la plus fréquente), il vous demandera d’expliquer les faits (acte, lieu, apparence du fake injector, mode de contact, etc). Il prendra note de votre description des lésions et étudiera attentivement toutes les preuves que vous avez en votre possession. Un PV sera alors rédigé qui sera transmis au procureur (conservez-bien le récépissé). Le rendez-vous obtenu par votre amie pourra aussi aider concrètement à identifier la personne.
Faîtes-vous accompagner dans ces démarches. Après ce genre d’épreuve, il est toujours bon de se sentir soutenue !
Faut-il avoir peur de porter plainte ?
La question mérite d’être posée franchement, car elle est dans la tête de beaucoup de victimes. « Oui, il arrive que certains fonctionnaires de police se montrent peu réceptifs : cette réalité existe. Oui, la personne mise en cause sera informée de l’existence d’une plainte à son encontre. Mais votre identité n’est pas divulguée immédiatement, et vous bénéficiez d’un cadre de protection. Toute tentative d’intimidation constitue en elle-même une infraction pénale supplémentaire » précise Me Emmanuel Walle. En pratique, ces faux injecteurs cherchent surtout à disparaître, pas à affronter leurs victimes. Porter plainte, c’est reprendre le contrôle. Ne pas le faire, c’est laisser la voie libre à d’autres victimes.
Faîtes constater les preuves
En parallèle, il peut être utile de faire appel à un commissaire de justice (nouveau nom de l’huissier) afin de faire constater les lésions et le contenu du compte en ligne encore accessible. Même si la police a déjà les éléments, ce constat possède une valeur juridique forte dans le cadre d’une procédure civile. Cette démarche peut se faire à distance. « Bonjour, je souhaite faire un constat à distance pour escroquerie fake injector … ». Demandez un devis.
Faîtes-vous accompagner
Des associations d’aide aux victimes (AIVF, AVIAM, AVACEM, etc) peuvent vous orienter dans vos démarches et vous mettre en relation avec des professionnels compétents, notamment un avocat spécialisé en dommage corporel, indispensable pour ouvrir une action en justice. Si vos conditions de ressources sont modestes, vous pouvez bénéficier de l’aide juridictionnelle et certains frais engagés (honoraires d’avocat, constat du commissaire de justice, expertise médicale) seront, en tout ou partie, récupérables en cas de succès de la procédure.
Prévenez votre assurance
Si vous vous bénéficiez d’une garantie accidents de la vie (GAV), il est important de déclarer l’incident dans les meilleurs délais, généralement sous 5 jours ouvrés selon votre contrat (pour rappel, elle n’est pas comprise dans l’assurance habitation ni l’assurance carte bancaire). Cela peut ouvrir droit à une indemnisation indépendante de la procédure pénale et certaines assurances incluent également une protection juridique couvrant les frais liés à l’action de justice.
Signalez les faits aux autorités compétentes
Cela renforcera votre dossier tout en contribuant à lutter contre ces pratiques d’injection illégales.
- Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM) : signaler un fake injector contribue à lutter contre l’exercice illégal de la médecine. L’Ordre transmettra au procureur de la république pour exercice illégal, renforçant votre plainte contre X.
- Agence Régionale de Santé (ARS) territorialement compétente.
- Syndicat national de chirurgie plastique reconstructrice et esthétique (SNCPRE), acteur reconnu dans ce domaine.
Identifier l’auteur malgré sa disparition
Même si l’injectrice s’est évaporée, cela ne signifie pas qu’elle est introuvable. Les enquêteurs disposent de moyens pour remonter jusqu’à elle (téléphone, moyen de paiement …). Ne cherchez pas à mener vos propres investigations.
Quelles chances d’aboutir ?
Un dossier bien constitué a de réelles chances d’aboutir. L’auteur encourt des sanctions pénales importantes, notamment pour exercice illégal de la médecine, auxquelles peuvent s’ajouter d’autres infractions selon les circonstances (délit de tromperie, mise en danger d’autrui, violences involontaires, détention et utilisation de dispositifs médicaux non conformes, etc).
Ces démarches peuvent prendre du temps, parfois plusieurs mois, années. Mais elles sont essentielles pour obtenir réparation, faire condamner l’auteur, avancer dans votre reconstruction, et éviter d’autres victimes.
Ce texte est informatif. Il ne remplace pas une consultation juridique bien sûr.
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L’expert
Me Emmanuel Walle




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