2 mars 2026
Une question qu’on peut légitimement se poser, vu tout le buzz autour de certaines techniques. Le point avec deux éminents spécialistes.
Il y a vingt ans, le lifting ne faisait pas autant parler de lui. Mais depuis que les chirurgiens ont investi les réseaux sociaux, c’est « the » sujet à la mode. Vous avez certainement entendu parler du « deep plane lifting » ? En réalité, une très ancienne technique (années 1980), propulsée sur le devant de la scène en 2021 grâce au témoignage de Marc Jacobs, si content de son rajeunissement qu’il avait fait partout la promo de son chirurgien, Andrew Jacono. Alors que les spécialistes entretenaient jusque là une communication plutôt discrète sur leur chirurgie, la nouvelle star des blocs, a su saisir l’opportunité pour s’imposer sur Instagram, et faire rayonner son deep plane bien au-delà de New-York: worldwide ! Résultat : la demande de liftings a explosé. Et les tarifs aussi, passant de 50.000 USD à plus de 150.000, voire 300.000 USD. Evidemment, ses confrères pratiquant également aussi le deep plane se sont rapidement empressés de lui emboîter le pas sur les réseaux, trop contents de profiter de ce coup de projecteur inattendu. Dans la foulée d’autres techniques au marketing encore plus affûté sont apparues. Par exemple, le « Ponytail Lift » du Dr Kao, au nom particulièrement évocateur, donc encore plus désirable. Ce lifting du tiers supérieur du visage (tempes, queue des sourcils) promet un effet comparable à celui obtenu lorsqu’on relève les cheveux en queue-de-cheval.
Deep marketing
Le « Deep Plane Lifting » n’est donc pas la nouveauté que l’on croit, même si la technique s’est évidemment perfectionnée au fil du temps. Mais le nom est bien trouvé : court, facile à retenir, et il sonne mieux aux oreilles qu’une « plicature du SMAS » ou une « SMASectomie ». « En réalité, cela fait un petit moment que les chirurgiens donnent des noms à leurs liftings. Autrefois, ils étaient simplement descriptifs des gestes techniques, puis ils ont peu à peu évolué vers des appellations plus commerciales. C’est une manière de conceptualiser leur travail, de le « signer » et d’élargir leur audience. Mais un nom ne fait pas tout ! » souligne le Dr Patrick Trévidic, chirurgien plasticien, chef du service de chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique, à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris.« Je suis toujours très surpris lorsque des patients viennent me demander un deep plane. C’est un détail technique qui, à vrai dire, ne devrait intéresser que les spécialistes » poursuit le médecin.
Même constat du Dr Steven Cohen, chirurgien renommé de San Diego, USA. Ce marketing autour du lifting le lasse profondément, à tel point qu’il a récemment rebaptisé sa propre technique, le « No Name Lifting ». « Je pratique le deep plane, parce qu’il préserve mieux la vascularisation cutanée : il y a moins de saignement et la peau récupère plus facilement. Mais c’est mon choix de technicien, qui n’influence pas le résultat final. Ce qui va rendre ma patiente plus belle, ce n’est pas le deep plane, c’est ma main ! » rapporte l’intéressé. Et pour faire passer le message, il pose souvent une colle à ses patientes : « Comment trouvez-vous le résultat de Kris Jenner ? ». A coup sûr, toutes répondent : « Subliiime ! ». Et lui: « Eh bien, ce n’était pas un deep plane ! ». Silence. Yeux écarquillés. « Aaah bon, mais c’était quoi alors ? ». « Probablement une plicature, ça vous parle ? ». Silence, à nouveau : « Heu, … non … ».
Ainsi, même si le deep plane est à la mode, il n’est pas toujours la meilleure option. Et tant mieux car s’il l’était, cela voudrait dire qu’il existe un geste de rajeunissement universel pour tous les visages !
Alors, que demander à son chirurgien ?
Simple : un lifting, et basta ! Vous lui expliquez ce qui vous gêne, il analyse votre visage, et détaille les moyens qu’il envisage pour atteindre le résultat souhaité. A ce moment là, la question importante à poser, c’est : « S’agit-il d’un lifting superficiel ou d’un lifting profond que vous envisagez de faire ? ». « Le premier n’agit que sur la peau, soit sur le contenant, ou l’enveloppe du visage. Le second agit à la fois sur le contenant et le contenu, à savoir la peau, la graisse et les muscles : sur le contenant et le contenu. C’est plus complet et les résultats sont bien plus durables » résume le Dr Trévidic. Dans cette catégorie là, il existe des dizaines de variantes possibles, chacune apportant son petit raffinement technique. Mais aucune n’est supérieure à l’autre, voilà ce qu’il faut garder à l’esprit. Et aucune n’est totalement miraculeuse non plus : aucun lifting ne peut éliminer complètement les vilains plis d’amertume, ces rides profondes qui descendent des coins de la bouche. Elles sont dues à l’action d’un muscle, le depressor anguli oris, qui se contracte avec le temps, et tire les commissures vers le bas. Retendre la peau en améliore l’aspect, mais on ne peut les effacer totalement. Si on vous affirme le contraire, c’est donc … du marketing. Il y a cependant fort à parier que les chirurgiens, à l’avenir, continueront de donner des noms à leurs liftings. Mais au moins, maintenant, vous voilà prévenues !
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Les experts
Drs Patrick Trévidic et Steven Cohen




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