Et si les rougeurs étaient plus qu’un problème cosmétique ?

traitements rosacée

Rougeurs diffuses et couperose ont beau être banales, elles relèvent d’une véritable maladie qui s’appelle la rosacée et qui devrait être traitée avec tous les égards. Un tiers des femmes est concerné et ne le sait pas !

Les rougeurs sont tellement fréquentes, en particulier sur les peaux claires, qu’on les traite souvent par le mépris. Mais c’est méconnaître le problème qui se cache derrière. En réalité, la rosacée est une maladie de peau chronique, évolutive, qui nécessite une véritable prise en charge au long cours.

Elle se manifeste principalement sur le visage, mais peut toucher aussi le décolleté et le dos. Son origine est multifactorielle. « Une anomalie de la vascularisation faciale est suspectée, laquelle entraîne une stase dans les vaisseaux, la formation d’un œdème, avec une colonisation accrue par le Demodex, un parasite logé dans les follicules pileux. Et c’est ensuite ce dernier qui déclencherait une inflammation, avec l’apparition de papules et de pustules » résume le Dr Jacques Savary, dermatologue et directeur médical France du laboratoire Galderma. La peau du visage devient alors rouge (en particulier après la prise d’une boisson chaude, d’alcool, d’un repas épicé, d’une exposition solaire, ou à la suite d’une émotion), des petits vaisseaux rouges sur le nez ou les joues (aussi appelés couperose) peuvent apparaître, parfois aussi des boutons rouges et même blancs, et les yeux aussi peuvent atteints (sensations de sécheresse, rougeurs, picotements, démangeaisons). Vous vous reconnaissez ? Alors si c’est le cas, n’hésitez pas à aller consulter un dermatologue. Il est temps de prendre votre peau en mains parce que, mauvaise nouvelle : son état va malheureusement s’aggraver au fil du temps, et celui des yeux aussi sans doute.

A un stade débutant, quand les rougeurs sont encore légères et transitoires, on peut recourir à des cosmétiques spécifiques (Sensifine de SVR, Créaline AR de Bioderma, Antirougeurs d’Avène …). « Mais dès qu’elles commencent à gêner, il faut vraiment consulter » indique le Dr Naima Midoun, dermatologue. « Ne surtout pas penser que cela va passer ».

La difficulté, c’est que la maladie est totalement sous-diagnostiquée, en France. De fait, un certain nombre de praticiens la confondent encore avec l’acné (quand il y a présence de boutons) ou alors un eczéma lorsque seuls les paupières ou le pourtour de la bouche sont touchés. « Souvent lorsque je vois les patients, ils ont déjà subi plusieurs traitements, notamment à base de corticoïdes, lesquels ont encore aggravé la situation car ils amincissent et fragilisent la peau » déplore notre spécialiste. Il faut dire que la maladie fait tout pour égarer le spécialiste car parfois, il peut y avoir une manifestation oculaire sans aucun signe cutané. Le médecin traite alors pour une conjonctivite ou une kératite, mais qui réapparaît vite.

A un stade ultime, la rosacée peut évoluer vers un rhinophyma : une hypertrophie des glandes sébacées qui aboutit à une déformation inesthétique du nez. « Mais on n’en voit plus beaucoup aujourd’hui car les gens sont pris en charge avant d’en arriver à ce stade», indique le Dr Thierry Michaud.

Quels traitements pour la rosacée ?

Le traitement classique passe par une crème antibiotique à base de métronidazole (Rozex) ou une crème antiparasitaire à base d’ivermectine (Solantra), à appliquer quotidiennement. Les deux agissent sur l’inflammation et l’ivermectine agit en prime sur le Demodex. Il est très important également de traiter les yeux quotidiennement, avec l’application d’un gel ophtalmique hydratant, même en l’absence de signes d’inconfort (sous peine de se retrouver avec une conjonctivite chronique).

En cas, d’inflammation (boutons), le traitement est complété par un antibiotique par voie orale (cyclines), qui est aussi efficace sur la rosacée oculaire. Le tout peut être assorti de séances d’électro-coagulation ou de laser pour améliorer l’aspect esthétique des rougeurs. « A un stade débutant, l’érythrose peut se traiter avec une lampe flash. Mais souvent, les dermatologues lui préfèrent le laser vasculaire, qui est plus spécifique, comme le colorant pulsé, le ND Yag 1064 ou le KTP). S’il y a des boutons, le traitement ne démarre qu’une fois la poussée maîtrisée » détaille le Dr Thierry Michaux, dermatologue.

Prix des séances de laser : à partir de 150 €

Et aussi, le nouveau traitement par photobiomodulation (Kleresca)

On vous a déjà parlé de cette technique dans un précédent sujet. Lire ici l’article Existe-t-il des alternatives aux traitements médicaux contre l’acné ? Ce traitement par la lumière réduit les rougeurs en améliorant la micro-vascularisation, il diminue les sensations d’échauffement et de picotement, réduit les papules et les pustules et améliore la qualité globale de la peau. Le protocole varie en fonction du degré d’atteinte du visage. Simple érythro-couperose: une session de 9 minutes par semaine, pendant 4 semaines. Erythro-couperose + inflammation (boutons) : une séance double (2 X 9 mn) pendant 3 semaines. Ensuite, il faut prévoir une séance d’entretien tous les 3 à 6 mois selon l’importance de la rosacée. Le résultat apparaît deux mois après l’arrêt du protocole. « Le gros avantage, c’est que le traitement est global. Il agit sur toutes les composantes de la rosacée et se suffit même à lui seul dans les cas de simple érythro-couperose. En revanche, un traitement de fond est nécessaire en présence d’une inflammation (comprenez, de boutons). En prime, Kleresca améliore la qualité de la peau, ce qui séduit beaucoup les patientes après quarante ans. Et il n’impose pas d’éviction sociale comme c’est parfois le cas avec les lasers. En termes de résultats, on peut espérer jusqu’à 80 % d’amélioration de l’état de la rosacée » indique le Dr Sandrine Sebban, médecin esthétique. Cela dit, la technique est très, très récente. A voir donc, si ces résultats se confirmeront au cours des années à venir.


Avant/après traitement avec Kleresca

Le rhynophyma

Il se traite au laser C02, sous anesthésie locale. Prévoir 10 à 15 jours de cicatrisation, avec une peau suintante et des pansements hydrocolloïdes à changer quotidiennement.

Prix : 500 €.

Et côté cosmétiques, que peut-on appliquer sur une peau atteinte de rosacée ?

Il faut traiter ces peaux comme des peaux sensibles, avec tous les égards. Donc, dans l’idéal privilégiez les formules simplifiées, sans trop d’actifs et les moins agressifs possibles. Mais passé quarante ans, on peut quand même avoir envie de traitements anti-âge efficaces, comme la vitamine A acide. Ce n’est pas la molécule rêvée en cas de rosacée car elle accentue la couperose. Mais utilisée avec certaines précautions (en espaçant les applications par exemple : deux fois par semaine pendant un mois, puis un soir sur deux pendant un mois, puis tous les soirs. Ensuite superposer  un hydratant), on peut néanmoins diminuer ses effets indésirables. Les peaux épaisses supporteront cependant mieux l’acide rétinoïque que les peaux fines.

 

 

 

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2 Commentaires on "Et si les rougeurs étaient plus qu’un problème cosmétique ?"

  1. Intéressant .Je vais transmettre à une amie qui en souffre et à qui on n à jamais dit qu il y a des traitements efficaces autres que d éviter les responsables ( boissons alcoolisées , épices ….

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