28 septembre 2026
Depuis une quinzaine d’années, la cocaïne s’est énormément démocratisée. Outre les risques généraux qu’elle entraîne sur la santé, elle fait aussi des ravages au niveau du nez, dont elle peut détruire progressivement les structures jusqu’à provoquer son effondrement. Le point avec le Dr Yves Saban, chirurgien de la face et du cou et ORL, secrétaire général de la European Academy of Facial Plastic Surgery et fondateur de la Société Française de Rhinoplastie. Par Linh Pham
De plus en plus, des personnalités, comme Sandra Sisley (Directrice d’une agence de communication & de relations publiques, et femme de l’acteur Tomer Sisley) osent prendre la parole pour témoigner sur les ravages de la cocaïne, dont le travail de sape peut être parfois très insidieux. Il y a les premiers effets que tout le monde perçoit. Plus dur est d’évaluer la lente érosion que la cloison nasale subit au fil des années. Ce papier est là pour vous informer sur les traitements et les possibilités de réparation lorsque la zone rouge est franchie.
Comment agit la cocaïne au niveau du nez ?
Elle diminue le calibre des artères qui irriguent la muqueuse nasale, laquelle s’assèche, s’irrite, entraînant la formation de croûtes et de saignements. On passe son temps à mettre les doigts dans son nez, pour le désobstruer, et comme la cocaïne a un effet anesthésiant, on ne se rend pas compte qu’on aggrave progressivement l’état de la muqueuse. Et les bactéries qui colonisent tout ça finissent par installer une très vilaine odeur, qui est perçue par l’entourage (glups). Si l’on ne procède pas rapidement à des soins, cette destruction de la muqueuse peut aller jusqu’à sa nécrose (son pourrissement, en somme).
Pour mieux comprendre ce qu’il se passe à l’intérieur du nez : un peu d’anatomie.
La cloison nasale est composée de plusieurs épaisseurs, comme un mille-feuille. Au centre se trouve le cartilage, qui donne sa structure au nez. Il est entouré, de chaque côté, d’une fine membrane appelée périchondre, elle même recouverte par la muqueuse nasale. Cette muqueuse tapisse l’intérieur du nez et sert notamment à humidifier, réchauffer et filtrer l’air que l’on respire.
La destruction progressive de ces cinq « couches » aboutit après quelques années de consommation à la perforation de la cloison nasale. Un signe qui ne trompe pas : le nez se met à siffler (à l’inspiration, surtout).
Même si l’on sniffe toujours du même côté, à terme la cocaïne finit par endommager l’ensemble du nez, qui se retrouve encore plus sec, et avec encore plus de croûtes qui gênent la respiration.
À la longue, l’esthétique même du nez est modifiée
Le cartilage qui joue un rôle de piquet de tente – il soutient le dos du nez – va donc, après quelques années de ce régime, s’effondrer, et modifier la forme du nez, qui se creuse. Les médecins parlent de nez « ensellé » (en forme de selle). Par ailleurs, la pointe, qui est aussi entraînée dans la chute, va se rétracter et se déformer. Le passage de l’air se fait encore moins bien, on a de plus en plus de mal à respirer et des troubles de l’odorat peuvent apparaître.
Dans les formes de destruction particulièrement sévères (heureusement très rares), le palais, qui constitue le plancher de la cavité nasale, peut être aussi atteint. Il peut se nécroser, se perforer, et les aliments et les liquides peuvent alors remonter de la bouche vers le nez. Oui, c’est parfaitement cauchemardesque.
Quel spécialiste consulter ?
Dans un premier temps, c’est souvent l’ORL qui est appelé à la rescousse pour désencombrer le nez et stopper les saignements. Toutefois, s’il n’est pas mis au parfum des petites habitudes de son patient, il peut vite avoir le réflexe de cautériser la muqueuse, ce qui aggravera encore davantage son état. Donc, mieux vaut être cash, et lui annoncer sans détour son petit vice. Des gens qui prennent de la cocaïne, il en a vu d’autres, vous n’êtes pas le premier. A ce stade, il est encore facile d’agir, avec des lavages et des applications de crème cicatrisante. Après quelques semaines de soins, la muqueuse retrouve son intégrité. Malheureusement, ces quelques irritations ne dissuadent généralement pas d’arrêter l »intoxication. Donc, le nez continue de se dégrader.
Lorsqu’il se met à siffler, c’est le signe que les cinq couches de la cloison sont atteintes. Il faut donc aller consulter un chirurgien ORL, qui avisera selon l’importance de la destruction, si une opération s’imposeou pas.Tout dépend de l’importance de la perforation et de la gêne ressentie par le patient.
Ne vous étonnez pas s’il vous demande d’aller faire des examens sanguins. Si vous ne lui dites pas que vous prenez de la coke, c’est une façon pour lui d’écarter une éventuelle maladie de Weneger, une maladie auto-immune qui attaque les cellules des vaisseaux du corps, et dont les symptômes peuvent être très proches de ceux observés chez les consommateurs de cocaïne. Ses complications peuvent être très graves puisqu’elle peut toucher non seulement le système respiratoire, mais aussi les reins.
Lorsque la cloison nasale est effondrée, le chirurgien plasticien spécialiste en rhinoplastie devient un bon interlocuteur. Une greffe doit alors être réalisée.
Lorsque la structure du nez est effondrée et que la pointe est contractée, ceci relève de la compétence d’un spécialiste hautement chevronné. Hélas, ils se comptent sur les doigts d’une main dans le monde.
Evidemment, le chirurgien n’acceptera de vous opérer que si vous parvenez à décrocher. On sait à quel point tout cela est difficile. Mais lui mentir en prétextant une grave infection ou un accident n’est pas la solution, car votre nez refait se redégradera aussitôt. Et il est malheureusement impossible de multiplier les interventions.
Un nez reconstruit ne l’est déjà jamais à l’identique. Alors, imaginez un nez reconstruit plusieurs fois.
Comment répare-t-on ces nez bousillés ?
Lorsque la cloison nasale est atteinte mais que la perforation est limitée, le chirurgien referme la muqueuse des deux côtés. Mais comme le tissu n’est pas extensible, il est obligé, pour ce faire, d’utiliser des lambeaux de muqueuse nasale, qui sont prélevés sur la cloison même.
Lorsque le dos du nez s’est effondré, le chirurgien recrée une charpente avec des morceaux de cartilage prélevés sur les oreilles ou les côtes, qui sont sculptés et ensuite, assemblés entre eux. Dans les formes les plus sévères, avec atteinte de la pointe, le travail est encore plus complexe puisqu’il faut aussi reconstruire les cartilages de soutien des ailes du nez.
Ces interventions complexes sont réalisées sous anesthésie générale et peuvent durer entre 5 et 8 h. Elles nécessitent 24 à 48 h d’hospitalisation.
Quelles sont les suites de ces interventions de réparation ?
Après la reconstruction chirurgicale, il faut laisser les lambeaux et/ou les greffons cicatriser et se revasculariser. Des attelles (feuilles de silicone) sont mises en place de part et d’autre de la cloison. Elles ne jouent pas un rôle de tuteurs mais protègent les tissus reconstruits pendant toute la phase de cicatrisation. Elles évitent notamment que les deux surfaces de la cloison se recollent mal. Ce n’est pas très agréable, on les sent pendant plusieurs semaines. Par ailleurs, des croûtes s’accumulent autour des attelles, le nez est très bouché. Pour maintenir une muqueuse humide et propre, il est conseillé de faire des lavages quotidiens et d’éviter de se moucher. Le chirurgien retire les attelles en général après un mois, mais ce délai peut être allongé si la muqueuse est jugée trop fragile. Au retrait, cette dernière n’est cependant pas complètement cicatrisée. La zone va continuer à évoluer pendant des semaines, voire des mois. Les soins locaux doivent être poursuivis.
Y a-t-il une prise en charge sécu ?
Oui, puisqu’il y a une gêne fonctionnelle. Mais autant le dire, elle peut être très éloignée du coût réel de la reconstruction, qui peut atteindre jusqu’à 50.000 € dans les cas les plus complexes.
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L’expert
Dr Yves Saban




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